ENR: comment Shell a réussi à saper les objectifs européens de 2030

Le 27 avril 2015 par Stéphanie Senet
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Shell a fait pression pour que le gaz soit privilégié au détriment des énergies renouvelables
Shell a fait pression pour que le gaz soit privilégié au détriment des énergies renouvelables

The Guardian révèle, ce 27 avril, comment Shell est parvenu à dynamiter l’accord sur le paquet Energie Climat 2030, conclu le 24 octobre dernier à Bruxelles.

 

Petit rappel des faits. En 2014, les réunions préparatoires à l’accord sur le PEC 2030 avaient révélé un consensus des Etats membres pour réduire de 40% les émissions de gaz à effet de serre (GES) en 2030[1]. Mais de nombreux désaccords subsistaient quant aux moyens d’y parvenir. Le Royaume-Uni, notamment, avait convaincu plusieurs pays d’exclure tout objectif contraignant en matière d’énergies renouvelables (ENR) et d’efficacité énergétique.

 

500 Md€ d’économie ?

Or les documents publiés par le quotidien britannique montrent que dès octobre 2011, le groupe pétrolier Shell a exprimé cette position, effectuant un lobbying intense auprès de l’ancien président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, pour que les objectifs de réduction d’émission de GES ne s’accompagnent d’aucun objectif contraignant en matière d’ENR. L’entreprise d’origine britannique et néerlandaise a ainsi fait valoir que, pour assurer sa transition vers une économie sobre en carbone, une stratégie d’expansion du gaz permettrait à l’Europe d’économiser 500 milliards d’euros par rapport à une stratégie ENR.

 

Laisser le marché décider

«Shell estime que l’Union européenne devrait se concentrer sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre et permettre au marché de décider quel est le meilleur rapport coût-efficacité pour y parvenir, préservant ainsi la compétitivité de l’industrie, la protection de l’emploi et le pouvoir d’achat des consommateurs», écrit Malcolm Brinded, directeur exécutif de Shell dans une lettre de 5 pages adressée à José Manuel Barroso.

Selon le registre de transparence diffusé par l’UE, Shell est le 6e plus grand lobbyiste à Bruxelles, dépensant entre 4,25 et 4,5 M€ par an auprès des institutions européennes. Stratégiquement, Shell a massivement investi dans l’agro-éthanol brésilien mais poursuit aussi ses forages dans l’Arctique ainsi que l’extraction fortement polluante de sables bitumineux au Canada.

 

La victoire des énergies fossiles

Si son tour de force a réussi, c’est surtout grâce au soutien du gouvernement britannique, qui a défendu bec et ongles l’idée d’un seul objectif contraignant, laissant au bon vouloir des Etats membres[2] les 27% d’ENR dans le mix énergétique de 2030.

«Le paquet Energie Climat 2030 représentait une occasion unique d’envoyer un signal aux investisseurs des énergies propres. L’UE a préféré récompenser le lobby des combustibles fossiles», déplore Brook Riley, un porte-parole des Amis de la Terre Europe.



[1] Par rapport aux niveaux de 1990

[2] L’objectif de 27% d’ENR est non contraignant

 



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