Engie présente enfin sa stratégie

Le 28 février 2019 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Isabelle Kocher, DG, et Judith Hartmann, directrice financière d'Engie
Isabelle Kocher, DG, et Judith Hartmann, directrice financière d'Engie
Engie

Le groupe va se désengager de nombreuses régions du monde et se focaliser sur la conception de projets clés en main pour de grandes entreprises et des métropoles.

 

Aujourd’hui, à Londres, c’était le Capital Markets Day. Une sorte de marathon que les dirigeants d’Engie ont dû courir devant les investisseurs et les analystes financiers. Une réunion d’importance. Car, depuis trois ans qu’Isabelle Kocher a pris la direction générale du groupe, la stratégie qu’elle a mise en œuvre par décarbonation, digitalisation et décentralisation ou 3 D ne convainc toujours pas. Depuis 5 ans, la valorisation boursière du groupe a fondu de près d’un tiers.

14 milliards de cessions

Les 3 D se sont surtout concrétisés par 14 milliards de cessions d’actifs en trois ans, qui lui ont permis de réduire ses capacités de production d’électricité au charbon, et donc son bilan carbone. En 2018, son facteur carbone atteignait 280 kilogrammes de CO2 au mégawattheure (MWh) d’électricité produite: 26% de moins qu’en 2015.

Pour le reste, c’est plus flou. Sauf, bien sûr, les résultats financiers qui ne sont pas à la hauteur des attentes de la communauté financière. En 2018, le résultat net s’est effondré de 23%, atteignant péniblement le milliard d’euros (pour un chiffre d’affaires de 60 Md€). Le groupe, il est vrai, a été fortement pénalisé par les arrêts à répétition de son parc nucléaire belge qui ont coûté 700 M€.

renforcer le nucléaire belge

Que faire pour tenir la promesse d’Isabelle Kocher de faire grimper de 7 à 9% par an le résultat net récurrent au cours des deux prochaines années? D’abord, serrer les boulons. Electrabel, la filiale belge, devra faire tourner les réacteurs nucléaires de Doel et de Tihange 74% du temps, contre 52% en 2018. Pour ce faire, le groupe a tenté d’embaucher Pierre-Franck Chevet, l’ancien président de l’Autorité française de sûreté nucléaire (ASN). Projet qui a été retoqué, en décembre dernier, par la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique.

réduction du périmètre

Ensuite, l’énergéticien va radicalement se transformer. Engie ne devrait plus être actif que dans une vingtaine de pays contre 70 aujourd’hui. Dans ces régions actives, le groupe se positionnera dans les services énergétiques et la fourniture d’énergie bas carbone auprès de 30 métropoles et des «500 plus grandes entreprises qui cherchent de plus en plus à concevoir et mettre en œuvre une stratégie zéro carbone».

exfiltration des activités régulées

Anticipant une prochaine sortie de l’Etat de son capital (il détient encore 24% des parts sociales), Engie entend progressivement quitter le secteur régulé, dont la rentabilité devrait diminuer, notamment avec la disparition annoncée pour 2023 des tarifs régulés de vente de gaz. Avec la prochaine adoption de la loi Pacte[1], Engie se prépare à regrouper ses activités de transport (GRT Gaz), de stockage de gaz naturel (Storengy) et de GNL (Elengy) en un seul pôle, qui pourrait, à terme, être cédé à la Caisse des dépôts et à d’autres actionnaires. Voilà pour le désengagement.

des milliards sur le vert

Côté investissement, Engie mise sur les renouvelables. L’entreprise prévoit de se doter de 9 gigawatts (GW) de capacités vertes supplémentaires. Le groupe disposera alors d’un parc de 30 GW d’hydraulique, d’éolien et de solaire. Soit 8 GW de moins qu’Iberdrola, énergéticien dont le chiffre d’affaires est deux fois moindre que celui du géant français. Deux à trois milliards devraient ainsi être consacrées aux énergies vertes d’ici à 2021.

chute à la bourse

Plus original, le groupe privilégie le montage de projets ‘clés en main’ pour ses clients. Ceux-ci devront représenter 50% des nouveaux projets renouvelables d’ici 2021. S’inspirant d’une pratique généralisée aux Etats-Unis, Engie veut aussi développer, les contrats d’achat à long terme d’électricité verte (PPA).

Cette nouvelle stratégie n’a pas enthousiasmé les foules. Ce soir, le titre Engie perdait près de 5% à la bourse de Paris.



[1] Qui autorisera l’Etat à se désengager du groupe et Engie à ouvrir à d’autres actionnaires le capital de GRT Gaz

 



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