Enfants sans bras: le gouvernement veut clore la polémique

Le 22 octobre 2018 par Romain Loury
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Les pesticides en cause?
Les pesticides en cause?
VLDT

En saura-t-on plus sur l’origine des séries de cas d’enfants nés sans bras? Alors que la polémique grondait sur le laxisme supposé de l’Etat, la ministre de la santé, Agnès Buzyn, a annoncé dimanche 21 octobre qu’une nouvelle enquête serait menée, associant Santé publique France et l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses).

La première série, qui compte sept cas dans un rayon de 20 km dans l’Ain, a été identifiée par le registre REMERA, avant d’être médiatisée en septembre par France Télévisions. Deux autres séries de cas sont apparues, l’une de quatre cas dans le Morbihan, l’autre de trois cas en Loire-Atlantique.

Début octobre, l’agence Santé publique France a publié trois études sur ces «clusters». Verdict: il existe un excès de risque significatif pour ceux de Loire-Atlantique et du Morbihan, mais rien qui dévie significativement de la moyenne nationale dans l’Ain.

Une enquête critiquée

Interrogés par Le Monde, trois épidémiologistes ont sévèrement critiqué l’étude menée dans l’Ain, pointant des erreurs «grossières» et «indignes». Fait frappant, cette enquête, la seule des trois à ne pas être signée, n’a analysé les sept cas que commune par commune (ce qui laisse toute sa chance au hasard), puis ramenés à l’échelle du département –ce qui engendre une dilution statistique. Aucune analyse n’a été menée au niveau de la zone touchée, à savoir par groupement des sept communes concernées, ce qui aurait été plus judicieux d’un point de vue statistique.

De plus, aucune des trois études n’a mis en évidence une possible origine à ces cas. Chacune de ces trois séries est survenue en zone agricole, un fait qui soulève la possibilité d’une toxicité liée aux pesticides. Là aussi, Santé publique France n’a identifié aucun élément confortant cette piste. Contactée lundi 22 octobre par le JDLE, l’agence n’était pas joignable.

REMERA en danger

Alors que ces résultats négatifs ont été fraîchement accueillis par les associations, celles-ci se sont émues d’une fermeture prochaine de REMERA, qui a perdu en 2018 ses subventions de la région Auvergne-Rhône-Alpes (dont le président Laurent Wauquiez a annoncé, le 12 octobre, qu’il rétablirait la sienne) et de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), et n’a toujours pas reçu ceux de Santé publique France.

Lors d’une conférence de presse organisée jeudi 18 octobre, l’eurodéputée Michèle Rivasi et deux anciennes ministres de l’écologie (Corinne Lepage, Delphine Batho) ont sonné la charge contre ce qu’elles considèrent comme une volonté de réduire au silence une «lanceuse d’alerte», en l’occurrence la directrice du REMERA, Emmanuelle Amar. D’autres informations parues dans la presse évoquent pourtant des difficultés de fonctionnement du registre, que son conseil scientifique réfute dans une lettre ouverte.

L’Anses à la rescousse

Face à la polémique, la ministre de la santé, Agnès Buzyn, a annoncé dimanche 21 octobre au «Grand Jury» Le Figaro-RTL-LCI qu’une autre enquête serait menée, associant Santé publique France et l’Anses -plus aguerrie à l’étude des risques environnementaux. La décision a été saluée lundi 22 octobre par Michèle Rivasi, qui appelle à renforcer la surveillance des malformations sur le territoire, dont seul un cinquième de la surface est couvert par six registres.

Quant à l’avenir du REMERA, Agnès Buzyn assure qu’il est «hors de question d’arrêter la subvention des registres». «Nous nous sommes assurés de la  pérennité de ce registre, porté par les Hospices civils de Lyon [qui héberge REMERA, ndlr]. Quand il y a un registre qui cumule des cas pendant 20 ans, 30 ans, si à un moment vous l’arrêtez, on ne peut plus le démarrer, vous perdez l’information. Quand on a un registre qui fonctionne, il ne faut surtout pas l’arrêter», a ajouté la ministre.



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