Enfants nés sans bras: le spectre d’une contamination environnementale

Le 04 octobre 2018 par Romain Loury
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Les pesticides en cause? Rien de prouvé... pour l'instant
Les pesticides en cause? Rien de prouvé... pour l'instant
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Ain, Loire-Atlantique, Morbihan: dans plusieurs communes rurales, un nombre inhabituellement élevé d’enfants nés sans bras sont nés ces dernières années. La faute aux pesticides? A l’issue de travaux présentés jeudi 4 octobre, l’agence Santé publique France avoue ne pas pouvoir se prononcer.

C’est France 2 qui a levé le lièvre, lors d’un reportage diffusé mercredi 26 septembre: dans un rayon d’une vingtaine de kilomètres autour de Druillat, dans l’Ain, sont nés entre 2009 et 2014 sept enfants présentant de graves malformations, avec un bras ou une main en moins.

Dans la foulée, deux autres séries de cas groupés sont apparus en France, l’un avec trois cas d’enfants nés sans main ou sans bras entre 2007 et 2008 à Mouzeil près de Nantes (Loire-Atlantique), l’autre avec quatre cas à Guidel près de Lorient (Morbihan) entre 2011 et 2013. Point commun entre ces trois clusters: la proximité d’une zone agricole.

Des excès avérés de cas pour deux séries

Sommes-nous face à un nouveau scandale sanitaire? Se saisissant de ces trois clusters, l’agence Santé publique France a livré son verdict jeudi 4 octobre. A la lecture des trois rapports publiés, force est d’admettre que le mystère demeure.

Pour chacune des trois séries, l’agence s’est d’abord livrée à un examen statistique: dans quelle mesure le nombre de cas est-il supérieur à la moyenne nationale? Selon ses calculs, celle-ci est de 1,7 cas pour 10.000 naissances.

Réponse: pour les séries du Morbihan et de Loire-Atlantique, le nombre de cas est très supérieur à cela, d’environ 80 fois. Pour celle du Morbihan, ce sont 0,05 cas de ce type de malformation, et non 4, qui seraient attendus. La probabilité d’un tel dépassement dans une commune de cette taille est d’environ… 1 sur 4 millions!

A l’inverse, Santé publique France ne trouve pas d’augmentation statistiquement significative du nombre de cas dans l’Ain. Du moins à l’échelle du département: 7 cas survenus contre 7,41 cas attendus dans l’Ain sur la période 2009-2014. Peut-être le résultat aurait-il été bien différent si l’examen avait été mené, plus simplement, à l’échelle de la zone concernée, par groupement des sept communes concernées.

En zone agricole

Quant à l’origine de ces cas, impossible de trancher en l’état, estime Santé Publique France: dans chacun des trois clusters, aucun facteur commun n’a été clairement identifié. Seule certitude, tous sont survenus en zone agricole, suggérant aussitôt l’hypothèse d’un lien avec les pesticides.

Sans clairement exclure cette piste, Santé Publique France indique que rien ne la conforte en l’état. Dans le cluster du Morbihan, elle évoque ainsi «la proximité à moins de 200 mètres de cultures céréalières pour 3 cas sur 4», en particulier de colza, blé, orge et maïs. «La période comprise entre le 24ème et le 56ème jour de grossesse [celle durant laquelle les membres sont formés, ndlr] ne correspondait pas à des périodes d’épandage de produits phytosanitaires sur les cultures céréalières concernées», indique l’agence.

Pour le cluster en Loire-Atlantique, «le village, comprenant des habitations individuelles sous forme de lotissements, était entouré de parcelles agricoles servant à la culture ou à l’élevage. Aucune plainte concernant l’épandage de produits phytosanitaires à proximité des habitations n’a été relevée au cours des entretiens», ajoute Santé publique France.

Point frappant: dans les trois séries, plus aucun cas de malformation n’est survenu après 2014 dans aucune des communes concernées. Comme si l’origine de ces séries de cas, du moins si elles n’étaient pas liées au hasard, avait brusquement disparu.



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