Energies : tout sauf le charbon !

Le 08 octobre 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Le pétrole n'a pas dit son dernier mot.
Le pétrole n'a pas dit son dernier mot.

En dynamisant l’utilisation de toutes les sources d’énergie, à l’exception du charbon, et en stockant le carbone sous terre, on peut décarboner tout en produisant plus d’énergie, estiment les experts du Giec.


C’est à une super transition énergétique que nous invitent les experts du Groupe international sur l’évolution du climat (Giec). Dans un encadré du résumé pour les décideurs (RPD) du rapport spécial sur les conséquences d’un réchauffement de 1,5°C, les contributeurs au réseau international n’y vont pas par 4 chemins. Pour avoir de bonnes chances de stabiliser le réchauffement à 1,5°C, nous devons dès à présent engager une politique climatique qui, tout à la fois, réduira la demande d’énergie et la part des énergies fossiles, augmentera celle des énergies renouvelables, et développera les systèmes de stockage de carbone. Dit autrement, l’on devra mettre en cohérence les politiques énergétiques et agricoles. Vaste chantier.

Programme plus ou moins brutal

Les objectifs, tout d’abord. Selon la brutalité du programme et la part attribuée à la séquestration du carbone dans le sol, la demande d’énergie finale devra plus ou moins baisser. En faisant porter l’essentiel de l’effort sur des politiques classiques (économies d’énergie, développement des renouvelables, baisse de la part des énergies fossiles), nos sociétés devront réduire de 15% leur consommation d’énergie finale entre 2010 et 2030 et d’un tiers entre 2010 et 2050. Ces chiffres sont bien différents si la part de l’effort dévolue aux techniques agricoles est importante. En pareil cas, l’Humanité pourra accroitre de 40% sa demande d’énergie finale entre 2010 et 2040.

Or noir et gaz naturel

Quelle que soit la stratégie choisie, toutes les sources d’énergie, à l’exception du charbon, seront mobilisées. Pétrole et gaz compris! «On n'a rien trouvé de mieux que le pétrole pour maintenir les avions en l'air. Et les centrales à gaz peuvent être couplées à des dispositifs de captage-stockage de carbone», constate Jim Skea, co-président du groupe III du Giec. Face à l’accroissement démographique et à l’augmentation annoncée de la demande d’énergie par habitant, il faudra faire feu de tout bois. On diminuera, certes, la demande d’or noir et de gaz naturel, mais on accroîtra sensiblement la production d’énergies renouvelables. Entre 2010 et 2050, les sources d’énergies renouvelables (hors biomasse) multiplieront de 8 à 13 le volume annuel de térawattheures (TWh) injectés dans les réseaux.

Nucléaire still there

Durant la même période, le volume d’énergie fourni par la valorisation de la biomasse bondira de 49% à 418%. N’en déplaisent aux anti-nucléaire, l’atome n’a pas dit son dernier mot. Selon les scénarios, les centrales nucléaires pourraient jusqu’à quintupler leur production d’ici le milieu du siècle. Aucun chemin exploré par les rédacteurs du Giec ne prévoit de recul de l’énergie nucléaire, en volume d’énergie générée.

Grande nouveauté de cette programmation pluriannuelle de l’énergie mondiale: le stockage du carbone. D’ici à 2050, ces technologies devront stocker de 150 à 1.200 gigatonnes de CO2 (Gt CO2). De 5 à 40 Gt/an: 250 à 2.000 fois plus qu’aujourd’hui. Un détail: l’essentiel de cette mise du carbone sous le tapis sera le fait de la valorisation énergétique de la biomasse avec captage et séquestration du carbone (BECCS).

Les espoirs de la BECCS

Une technique discutable au plan environnemental dont l’efficacité reste mal maîtrisée. De l’aveu même des experts du Giec, il faudra probablement consacrer plusieurs millions de kilomètres carrés de terre à la production de ces cultures énergétiques et au stockage du charbon résultant de leur utilisation. Des surfaces qui risquent d’être conquises sur les terres agricoles et les forêts.

Plus d’investissements vers le bas carbone

Le bouleversement de nos systèmes énergétiques ne sera pas indolore. Notamment au plan financier. Le RPD estime qu’il faudra accroître de 1.600 à 3.800 milliards de dollars le montant annuel des investissements énergétiques mondiaux. En orientant, bien sûr, les flux financiers vers le mieux-disant carbonique. Traduction: «Il faudra accroître d’un facteur 4 à 5 entre 2015 et 2050 le montant des investissements en faveur des technologies énergétiques bas carbone et de l’efficacité énergétique.»

Quid des producteurs d’hydrocarbures? Est-ce l’effet du bluff saoudien? Pas impossible. Quoi qu’il en soit, le RPD consacre quelques lignes aux risques que fait peser sur les pays producteurs de pétrole la mise en œuvre d’une stratégie globale 1,5°C. Une seule solution, estiment les experts du Giec: que les pétromonarchies et pétrorépubliques diversifient leur économie pour la rendre moins tributaire de la rente pétrolière.


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