Energies renouvelables participatives: des prémisses à soutenir

Le 27 avril 2016 par Marine Jobert
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Une éolienne.
Une éolienne.
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Encore marginaux en termes de production d’électricité, les projets d’investissement participatif dans les énergies renouvelables doivent, pour se multiplier, être soutenus, estime une étude commandée par l’Agence de maîtrise de l’énergie.

Quelle intégration territoriale des énergies renouvelables participatives? C’est le sujet d’un rapport commandé par l’Agence de maîtrise de l’énergie (Ademe). Réalisée par un sociologue, un expert climat-air-énergie et un consultant ex-directeur des programmes du WWF France, l’étude a recensé environ 160 projets d’énergies renouvelables participatives (ENRp) sur toute la France. Il s’agit de projets pour lesquels des particuliers ont pu s’investir de manière très large: dans le financement, le montage ou dans la gouvernance collégiale avec prise en considération des parties prenantes. Six d’entre eux ont été étudiés en détail: du solaire photovoltaïque (PV) et thermique, un parc éolien, de l’hydroélectricité, de la biomasse forestière.

Production marginale

Trois régions concentraient une bonne partie des projets recensés: Bretagne-Pays de la Loire, Rhône-Alpes-Auvergne et Languedoc-Roussillon-Provence-Alpes-Côte d’Azur. Un tiers des projets étaient déjà en fonctionnement au moment de l’enquête, mais les auteurs se sont attachés à évaluer la part de ces projets participatifs dans la grande piscine des ENR. Soit pour l’éolien une puissance de 260 mégawatts, ou encore une production moyenne de 520.000 mégawattheures (consommation annuelle d’environ 430.000 habitants hors chauffage et eau chaude sanitaire). Pour le photovoltaïque, ces projets génèrent une puissance de 38 MWc, soit 0,7% de la puissance totale installée en France en 2014, soit une production moyenne de 38.000 MWh (consommation annuelle de 30.000 hab. hors chauffage et eau chaude sanitaire).

Collectivités rassurantes

Qui se lance dans ce genre de projets? Ils sont le plus souvent initiés par une association (32%), un développeur privé (29%) ou un collectif d‘habitants (28%). Les collectivités, qui sont initiatrices dans 1 cas sur 5, entrent rapidement dans la danse à la demande des pionniers. «Dans l’un des cas étudiés, les habitants rencontrés ne se seraient pas lancés tout seuls. Dans un autre, la présence de la collectivité joue le rôle de tiers de confiance pour l’accès au financement bancaire.» Les auteurs recommandent d’ailleurs que les collectivités «montent en compétence sur le sujet, afin de pouvoir se saisir au mieux des leviers législatifs mis à leur disposition». Les initiateurs viennent d’horizon divers: des représentants de collectivités, un groupe d’agriculteurs, un groupement d’investisseurs dans les ENRp actifs au plan national, une société de type coopératif, un groupe d’habitants. Mais ils ont en commun, notent les auteurs, «d’être investis dans le collectif, engagés à titre personnel et entrepreneurs dans leur territoire».

Des acteurs déjà outillés

Leurs compétences professionnelles sont souvent sollicitées (direction d’entreprise, montage de projet, comptabilité, communication, médiation locale, pédagogie, ingénierie de l’énergie). Les questions concernant la structuration juridique des ENRp et plus largement l’ingénierie économique des projets, notamment les conditions et modalités de financement participatif, sont réglées par plusieurs biais: prestataires externes, des formations, retour d’expériences des réseaux d’ENRp.

Développement endogène

Qu’est-ce qui pousse à se lancer dans un projet aussi typé que la production d’électricité, a fortiori avec des énergies renouvelables? «Le choix de développer des ENR n’est pas forcément l’objectif premier», ont constaté les auteurs. Il s’agit, dans 4 cas sur 6, d’un moyen au service du «développement endogène du territoire, un motif d’éducation populaire et de participation des citoyens à la transition énergétique». Et les modalités de participation du projet donne envie d’y revenir: 9 personnes sur 10 pensent, à l’avenir, tenter à nouveau l’expérience du projet participatif.

Financement local?

Mais un projet monté localement n’est pas forcément un projet financé par les locaux: dans un des cas étudiés, moins de 10% des fonds proviennent des habitants du territoire, relèvent les auteurs. Même paradoxe concernant la mobilisation des citoyens: «Si (…) 90% des projets ont ouvert leur financement aux particuliers, rien ne dit cependant quil sagit dune mobilisation locale et surtout, une mobilisation locale au-delà de laspect financier». Et le fait que les deux tiers des projets aient fait l’objet de réunions publiques ou de groupes de travail ne change rien à la problématique: les développeurs traditionnels y ont également recours dans les territoires concernés.

Conflictualité réduite

Humainement, ces projets d’ENRp se déroulent dans une atmosphère bien meilleure que leurs homologues conventionnels: un tiers font état de tensions autour du projet. «Ce ‘bon’ chiffre peut sexpliquer par le fait que la majorité des projets dENRp en France actuellement sont des projets solaires à faible charge conflictuelle.» C’est dans le grand éolien et la méthanisation que l’ambiance se tend le plus, en particulier avec les associations d’opposants ou de protection de la nature, ou encore des riverains préoccupés par une dégradation de leur environnement. Reste que les dimensions participatives et locales jouent un rôle non négligeable pour désamorcer la montée de tensions. Grâce à une bonne compréhension du territoire et de ses acteurs. Parce que, dans une logique différente de celle d’un développeur spécialisé qui prospecte un territoire, l‘énergie n’est pas une fin mais un moyen. «Le caractère participatif des projets hisse dun cran la légitimité du porteur.» Pour autant, face à une contestation, le clivage ‘légitimité contre légitimité’ demeure. Les auteurs recommandent la rédaction d’un guide pédagogique pour aider à la clarté de la présentation, au soin à apporter à la communication, à l’identification des personnes et organismes-relais susceptibles d’aider à diffuser l’information, ainsi que la mise en place d’un vivier d’experts mobilisables à distance.

 

 



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