Energies renouvelables : fantasmes ou réalités ?

Le 01 février 2011 par Célia Fontaine
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Pour André Antolini, la France n'atteindra pas ses objectifs du paquet climat -énergie.
Pour André Antolini, la France n'atteindra pas ses objectifs du paquet climat -énergie.

A l’occasion du 12e colloque annuel du syndicat des énergies renouvelables (SER) aujourd’hui 1er février, c’est un véritable plaidoyer en faveur de davantage de stabilité, surtout en ce qui concerne la filière photovoltaïque, qui a été fait. « L’insécurité qui règne pénalise le développement pérenne des filières », a souligné le SER.

Nous consommons aujourd’hui de l’ordre de 13 % d’énergie de source renouvelable (ENR), contre 10 % il y a 5 ans. Et l’objectif français pour 2020 est de 23 %, rappelle André Antolini, le président du SER[1].

La consommation finale d’ENR a progressé de 33 % en 5 ans. Depuis 2005, on en consomme donc en France près d’1 million de tonnes équivalent pétrole (Mtep) de plus chaque année.

Leur développement dans notre pays a donc commencé, « mais le rythme de croissance est encore insuffisant pour atteindre les objectifs du Grenelle de l’environnement », estime le SER. A ce rythme, la France consommerait, en 2020, 31 Mtep d’ENR quand l’objectif est de 36. Nous nous situerons donc à 85 % de l’objectif.

« Nous voyons qu’il reste quelques obstacles pour accomplir le projet que nous avons tous formé », constate l’ancien directeur général d’EDF Energies nouvelles. Il n’y a quasiment pas eu d’années sans qu’une bataille ne surgisse, car la nouveauté engendre toujours des réactions, poursuit-il. Quelques progrès sont toutefois à noter, notamment en matière d’énergie éolienne : en 2010, la France est montée sur la troisième marche du podium européen en installant près de 1.100 mégawatt « après avoir été longtemps dans la queue du peloton ». La filière aurait pu aller encore plus loin sans les « menaces récurrentes » qui ont pesé sur elle.

Eric Besson, le ministre chargé de l’industrie, de l’énergie et de l’économie numérique a rappelé que la diversification du bouquet énergétique de la France était nécessaire face à l’instabilité du cours des matières premières. Un message qui n’a pas vraiment évolué depuis 2004, date à laquelle Nicole Fontaine quittait le ministère de l’Industrie.

En ce qui concerne le moratoire de trois mois sur le photovoltaïque, le ministre estime que « plus de la moitié des projets ne sont pas concernés par la mesure ». Il a précisé que le gouvernement était favorable au photovoltaïque, mais devait lutter contre les bulles spéculatives, oubliant de rappeler que celles-ci ont été largement gonflées par EDF EN, filiale de l’établissement public. En attendant, la concertation menée par Jean-Michel Charpin, inspecteur général des finances, et Claude Trink, ingénieur général des mines, pour mettre d’accord pouvoirs publics et professionnels s’achèvera le 11 février prochain, avec une réunion de synthèse sur le projet de rapport.

Pas hostile à la remise à plat de la filière photovoltaïque, André Antolini souhaite que des mécanismes de transition soient mis en place. Il n’est pas supportable de dire aux opérateurs qui ont fait les trois quarts du travail ces trois dernières années qu’ils devront recommencer à zéro. « La transition entre l’ancien système et le nouveau doit être établie de telle sorte que les projets qui le méritent se réalisent. » Un tarif de transition est déjà une sévère punition, mais pas de tarif du tout, comme il est prévu pour les centrales au sol, serait une sanction « injuste et disproportionnée », précise-t-il.

Suite au lancement de l’appel d'offres sur l’éolien offshore annoncé le 25 janvier par Nicolas Sarkozy à Saint-Nazaire (dans le JDLE), Eric Besson a indiqué que la consultation publique était lancée aujourd’hui 1er février par le gouvernement (sur le site internet du ministère de l’énergie). La publication du cahier des charges se fera début mai 2011 au Journal officiel de l’Union européenne (JOUE). Les candidats devront alors remettre leur offre avant fin novembre 2011 et la décision d’attribution sera prise au premier semestre 2012. Les premiers parcs éoliens français pourront alors voir le jour vers 2015.

A noter que pour André Antolini, le marché de l’éolien offshore, avec 6.000 MW dans les prochaines années, ne sera pas suffisant en lui-même pour satisfaire aux besoins d’une industrie puissante.

Le ministre de l’énergie a souligné vouloir travailler « main dans la main » avec Nathalie Kosciusko-Morizet, la ministre en charge de l’environnement. « Je voudrais que l’on cesse de nous opposer l’un à l’autre », a-t-il déclaré, avant d’ajouter : « Oui, je suis un défenseur du nucléaire civil assumé, mais je suis convaincu que le pays doit diversifier son bouquet énergétique ».

Nathalie Kosciusko-Morizet a rappelé pour sa part qu’en matière d’ENR, la France était partie de loin : « En tête des pays nucléaires, [la France] pensait ne pas avoir besoin des renouvelables. Beaucoup disaient : on n’y arrivera pas. Beaucoup le disent encore. Nous leur avons montré qu’ils se trompaient ». Pour appuyer cette affirmation, la ministre rappelle que depuis 2005, notre production d’ENR a augmenté de plus de 4,3 Mtep. En éolien, nous sommes passés d’un peu moins de 1.000 MW à plus de 5.600.

Pour construire une politique durable concernant le développement des filières renouvelables, il faut une exigence de « haute qualité environnementale », a souligné NKM. Les impacts sur la qualité de l’air, le paysage, l’usage des sols et la biodiversité devront être réduits, et les déchets traités. Ce que prévoit déjà largement la législation actuelle…

A propos de la suspension du photovoltaïque, la ministre a déclaré : « Je ne me réjouis pas de ce décret, mais c’était la moins mauvaise des solutions ». Consciente de la difficulté dans laquelle se trouvent certaines entreprises, elle explique que « la croissance exponentielle que connaissait le secteur n’était pas soutenable dans la durée. Il fallait enrayer la spéculation et nous donner un temps, court mais nécessaire, pour établir un cadre lisible et enfin stable », justifie-t-elle. Faire le tri entre les bons et les mauvais projets n’était pas juridiquement possible.

Il y aurait donc une volonté de la part du gouvernement de faire du photovoltaïque mais dans un cadre soutenable sur la durée. C’est en somme ce que demande le SER.

Un point intéressant a été soulevé à propos de ces schémas régionaux Climat-air-énergie, qui identifieront localement les zones propices à l’implantation des éoliennes. Pour tenir les objectifs de 500 mâts par an, « il faudra retravailler sur ces schémas, car actuellement le ministère reçoit des cartes remplies de zones rouges, ce qui laisse présager de nombreux contentieux », a indiqué NKM.



[1] Qui quitte ses fonctions prochainement, il sera remplacé par Jean-Louis Bal, ancien directeur des énergies durables de l’Ademe



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