Energies marines : l’Etat doit donner le cap

Le 06 mai 2013 par Valéry Laramée de Tannenberg
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Le potentiel hydrolien est de plus GW le long des côtes françaises.
Le potentiel hydrolien est de plus GW le long des côtes françaises.
DCNS

Un rapport commandité par trois ministères fustige le manque d'ambition de la France en matière d'énergies marines renouvelables. Et ouvre quelques pistes pour se jeter à l'eau.

C’est une étude assez critique sur l’(in)action de l’Etat que viennent de rendre les conseils généraux de l’environnement et du développement durable et de l’économie, de l’industrie, de l’énergie et des technologies. Mandatés par les ministres du redressement productif, de l’écologie et de la mer, six hauts fonctionnaires ont sondé, plusieurs mois durant, les profondeurs de la politique nationale en matière de soutien aux énergies marines renouvelables (EMR).

Mis en ligne, vendredi 3 mai, leur rapport fustige un manque d’ambition publique ne datant pas d’hier. Petit retour en arrière. Début 2009, la direction générale de l’énergie et du climat présente au parlement sa programmation pluriannuelle des investissements de production d’électricité (PPI-électricité), pour la période 2009-2020.

Cette PPI est importante car elle traduit en puissances installées les objectifs fixés à la France par le Paquet énergie Climat (23% d’énergie renouvelables en 2020). Et ces renouvelables seront essentiellement éolienne, solaire et d’origine végétale. En quelques lignes, les hydroliennes, centrales marémotrices ou à pression osmotique sont évoquées. Et leur gisement potentiel estimés à quelques centaines de mégawatts. Au mieux, les énergies marines «devraient apporter 2 MW supplémentaires» dès 2012. Bref, l’administration Fillon n’y croit pas. Malgré ses 11 millions de km2 d’espace maritimes, la France, grâce à la centrale marémotrice de la Rance, ne produit que 500 GWh/an d’électricité marine: à peine 2% de la consommation d’électricité bretonne!

Les technologies concurrentes ne manquent pourtant pas. Mais toutes ne sont pas encore disponibles. Les rapporteurs soulignent que seul l’éolien offshore «posé» est opérationnel, enfin au Royaume-Uni, en Allemagne ou au Danemark. L’éolien marin «flottant» est toujours en développement. Il semble parfaitement adapté à l’équipement de certaines zones de Méditerranée, moins soumises aux courants et à la houle que l’Atlantique.

L’énergie hydrolienne «est proche d’un développement industriel, ce qui justifie le lancement rapide et bien préparé d’un appel à projets pour l’installation de fermes pilotes expérimentales.» Les zones les plus propices sont le raz Blanchard, raz Barfleur, passage du Fromveur et raz de Sein, ainsi que dans certains fleuves (Gironde et Oyapok guyanais). Au total, le potentiel électrique exploitable en hydrolien atteindrait 6.000 MW en France: un peu plus que les quelques centaines de MW de la PPI-électrique de 2009. L’énergie houlomotrice «est en développement». Hormis un prototype espagnol, à l’essai depuis 2011, aucune installation de ce type ne fonctionne encore. EDF estime à 40 TWh/an (l’équivalent de 7% de la production française actuelle) le potentiel français exploitable. Il n’est pas prêt de l’être.

Testée dans les années 1930 par des scientifiques français, l’énergie thermique des mers «entre dans une phase d’expérimentation.» Deux petites installations fonctionnent déjà en Polynésie pour climatiser des hôtels de luxe. Une troisième devrait prochainement alimenter le centre hospitalier de Papeete. Dans les prochains mois, GDF Suez et EDF comptent mettre en œuvre deux centrales à froid utilisant la thalasso-thermie sur l’île de la Réunion. L’énergie osmotique «n’est pas encore mature». Contrairement à l’énergie marémotrice qui, elle, se heurte à des difficultés d’intégration dans l’environnement : il faut, comme dans le cas du projet de la Severn, souvent noyer un estuaire (et sa biodiversité) pour construire un barrage marémoteur.

Pour autant, un important potentiel énergétique existe et il commence à être convoité. «A ce jour, près de 400 entreprises se sont déjà positionnées sur les EMR, ou envisagent de le faire», confirment les rapporteurs. Toutes les conditions ne sont pas, il est vrai, remplies pour dégager l’horizon des entrepreneurs.

À commencer par les incertitudes d’ordre juridique. Le raz Blanchard baigne non seulement les côtes françaises, mais aussi celles de l’île anglo-normande d’Aurigny. Installer plusieurs centaines de machines au fond nécessite de conclure un accord international en bonne et due forme, ne serait-ce que pour partager la rente. Les réglementations environnementales, énergétiques, encadrant la domaniabilité ne sont pas des plus rassurantes: «les projets EMR sont soumis à un ensemble complexe de règles juridiques, source probable de retards sinon de contentieux.»

Economiquement, l’équation est, pour le moment, tout simplement insoluble. Le code de l’énergie propose un tarif d’achat de l’électricité marine de 163€/MWh pendant 20 ans. Or, les industriels réclament des tarifs d’achats régulés, dont les montants varient entre 250 et 400€/MWh. Au plan de la logistique, beaucoup reste à faire. Pour le seul cas hydrolien, RTE rappelait, dans un rapport publié au début de l’année [JDLE], que le réseau haute tension cotentinois n’est pas dimensionné pour enlever une importante production d’électrons venue de la mer. Malgré tous ces écueils, peut-on s’extirper du banc de sable administratif français?

Oui, répondent les auteurs, à condition que l’Etat… le décide. Cela pourrait commencer par organiser les filières, éclatées entre clusters, associations, institutions publiques et privées, centres de recherches, entreprises, pôles de compétitivité. Cette stratégie doit être complétée par un calendrier de développement des filières adapté à la maturité des différentes technologies, un toilettage juridique, des mesures de sécurisation des financements. Ce qui pourrait être résumé par le triptyque suivant: appels à manifestation d’intérêt de l’Ademe, tarifs d’achats adaptés et appels d’offres de la Commission de régulation de l’énergie.



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus