Energies fossiles: les désinvestissements l’emportent sur l’effet rebond

Le 29 janvier 2018 par Romain Loury
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Mine de charbon au Wyoming
Mine de charbon au Wyoming
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L’Accord de Paris aura-t-il un effet rebond sur la production d’énergies fossiles, en raison d’une fuite en avant des producteurs? Selon une étude publiée lundi 29 janvier dans la revue Nature Climate Change, ce «green paradox» sera largement surpassé par le mouvement de désinvestissement.

Prévoyant de limiter la hausse de température à +2°C maximum, l’accord de Paris, signé en décembre 2015, est juridiquement peu contraignant. Ce qui a fait craindre à de nombreux experts que les producteurs, en l’attente des mesures d’atténuation effectives, ne se mettent à tirer le maximum de profit des gisements, ce qui entraînerait une hausse des émissions de gaz à effet de serre.

S’il n’est pas à écarter, ce «green paradox» semble très marginal par rapport au désinvestissement à attendre des industriels, peu désireux de s’engager des projets condamnés à moyenne échéance, dont les centrales à charbon. C’est ce que montre l’étude menée par Nico Bauer, expert en économie de l’énergie à l’Institut de recherche de Potsdam sur les effets du changement climatique (PIK, Allemagne), et ses collègues.

Trois niveaux de taxes étudiés

A l’aide de modélisations économiques, les chercheurs ont étudié les effets de trois taxes carbone, atteignant 25 dollars, 100 dollars et 300 dollars par tonne de CO2 en 2050, avec une mise en place à partir de 2030 et 2040. Dans tous les cas de figure, c’est le désinvestissement qui l’emporte sur le «green paradox», en matière d’émissions de GES.

Dans le modèle de base, à savoir sans mise en place d’une taxe carbone, les émissions liées à la combustion d’énergies fossiles passent de 32 milliards de tonnes de CO2 par an (GtCO2/an) en 2010 à 60 GtCO2/an en 2050. Or une fois la taxe annoncée, l’effet «green paradox», qui survient de manière immédiate, n’excède jamais 1 GtCO2/an, y compris dans le pire des cas (taxe à 25 GtCO2, mise en place à partir de 2040).

Baisse comprise entre 5% et 20%

A l’inverse, le désinvestissement suite à l’annonce, et donc avant la mise en place de la taxe carbone, entraîne une baisse de 5% des émissions dans le cas d’une taxe à 25 dollars/tCO2, de 5% à 10% avec une taxe à 100 dollars/tCO2, et de 10% à 20% avec une taxe à 300 dollars/tCO2. Dans un cas plutôt optimiste (taxe à 100 dollars/tCO2 instaurée dès 2030), les réductions d’émission pourraient s’élever entre 8 et 9 GtCO2/an d’ici à cette échéance, ce qui correspond aux contributions décidées à l’échelle nationale (INDC, selon l’acronyme anglais) annoncés lors de la COP21.

Ces effets seraient beaucoup plus marqués avec le charbon, dont le marché est plus sensible à la tarification du carbone que le pétrole ou le gaz, du fait d’émissions plus fortes: un prix de 20 dollars/tCO2 entraîne un quasi-doublement des prix de cette énergie, contre une hausse de 15% pour le pétrole.

Les chercheurs identifient toutefois un cas où le «green paradox» pourrait surpasser les désinvestissements: celui d’une taxe de faible niveau qui ne serait introduite qu’en 2050. «La raison en est que, lorsque le délai de mise en place s’allonge et que la taxe est initialement faible, les exploitants d’énergies fossiles disposent de plus de temps pour augmenter leurs capacités de production avant que l’effet ‘désinvestissement’ ne devienne dominant», expliquent les chercheurs. 



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