Energies fossiles: l’arrêt des subventions, pas si efficace

Le 08 février 2018 par Romain Loury
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Le charbon, gagnant de l'arrêt des subventions?
Le charbon, gagnant de l'arrêt des subventions?

L’arrêt des subventions aux énergies fossiles n’aura que peu d’impact sur les émissions mondiales de gaz à effet de serre, selon une étude publiée mercredi 7 février dans la revue Nature. Dans certains pays en développement, il pourrait même les accroître.

 

Dans la foulée de l’Accord de Paris, signé en décembre 2015 à Paris, les dirigeants des pays du G20 se sont réengagés, en septembre 2016, à sortir des subventions aux fossiles. Toutefois, l’impact d’une telle mesure sur la demande énergétique, sur les émissions de GES, ainsi que sur le déploiement des énergies renouvelables demeure mal connu.

Dans leur étude, Jessica Jewell, de l’Institut international pour l’analyse des systèmes appliqués (IIASA, Laxenburg, Autriche), et ses collègues ont modélisé l’effet d’un arrêt total de ces subventions. Le bilan s’avère très modeste: la demande énergétique annuelle ne baisserait qu’entre 1% à 4% d’ici à 2030.

Idem pour les émissions de CO2: la baisse n’atteindrait que de 0,5 à 2 milliards de tonnes de CO2 par an (GtCO2/an) d’ici à 2030, soit bien loin des engagements pris par les Etats lors de la COP21 (les INDC), qui s’élèvent entre 4 et 8 GteqCO2/an. Quant aux énergies renouvelables, leur place dans le mix énergétique ne grimperait que de 2%.

Plus d’effet dans les pays producteurs

Les effets sont toutefois très variables d’un pays à l’autre: ils seraient particulièrement marqués dans les pays producteurs, tels que la zone Moyen-Orient/Afrique du Nord, la Russie et l’Amérique latine, pays qui concentrent environ deux tiers des subventions mondiales aux fossiles. Chez eux, les émissions pourraient baisser jusqu’à 10%: niveau supérieur à celui de leurs modestes INDCs.

La situation est moins favorable dans les pays industrialisés importateurs (Europe, Amérique du Nord, pays développés de la zone Pacifique comme le Japon et l’Australie), qui ne concentraient que 13% des subventions mondiales en 2015. Dans certains modèles, leurs émissions de GES pourraient légèrement diminuer, dans d’autres ils pourraient au contraire augmenter. En cause, l’arrêt des subventions dans les pays exportateurs, en particulier sur le gaz en Russie, rendrait cette énergie plus disponible pour les pays occidentaux.

Un effet contreproductif en Afrique

Dans certains modèles, d’autres pays, dont l’Inde et ceux de la zone Afrique, pourraient même voir leurs émissions s’élever du fait de la fin des subventions. En cause, une transition possible du pétrole et du gaz vers le charbon,  bien plus émetteur de GES. Le charbon serait en effet peu affecté par les l’arrêt des subventions: en 2013, il ne récoltait que 5 milliards de dollars de subventions au niveau mondial, contre 340 milliards de dollars pour le pétrole et 110 milliards de pétrole pour le gaz.

Selon les chercheurs, c’est donc dans les pays producteurs qu’il y a le plus urgence à arrêter les subventions aux fossiles. Quant aux pays pauvres, il faut veiller à ce que cela ne se traduise pas par une baisse de pouvoir d’achat aux effets contre-productifs, par exemple en compensant les subventions par des aides sociales.



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