Energies décarbonées: la Chine va dominer le monde

Le 06 janvier 2017 par Valéry Laramée de Tannenberg
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
La Chine va investir 68 milliards d’euros par an dans les énergies décarbonées.
La Chine va investir 68 milliards d’euros par an dans les énergies décarbonées.
© Renato Ganoza - Flickr - C.C.

Avec le retrait annoncé des Etats-Unis de la lutte contre le changement climatique, la Chine se prépare à devenir le numéro un mondial du secteur des énergies décarbonées.

Contrairement à ce que peux écrire Donald Trump, la Chine n’a pas besoin d’inventer le réchauffement climatique pour désorganiser l’industrie américaine. Il lui suffit d’investir. Et c’est particulièrement vrai dans le domaine des énergies ne contribuant pas à renforcer l’effet de serre.

Ce mercredi 4 janvier, l’agence chinoise de l’énergie (NEA) a publié les objectifs définitifs du plan quinquennal de développement des énergies décarbonées (renouvelables et nucléaire) électriques. Il prévoit que l’Empire du Milieu investisse 2.500 milliards de yuans (343 milliards d’euros) entre 2016 et 2020. Soit environ 68 Md€/an. Considérable, mais moins qu’en 2015. Selon les estimations de Bloomberg New Energy Finance et du Pnue[1], Pékin a en effet investi une centaine de milliards d’euros dans les énergies décarbonées en 2015.

10 millions d’emplois créés en 5 ans

Est-ce à dire que la décarbonation du secteur électrique chinois ralentit? Pas nécessairement. Confrontée à d’importantes surcapacités dans certaines régions, la Chine doit réguler plus que jamais la mise en service de nouvelles unités. Phénomène accru par une moindre augmentation de la demande d’électrons, imputable au ralentissement de la croissance économique chinoise.

De plus, avec la chute des prix de l’éolien et surtout du photovoltaïque, à montant égal, on met en service davantage de capacités renouvelables aujourd’hui qu’il y a 5 ans. La NEA indique toutefois qu’en 2020, les énergies décarbonées (renouvelables et nucléaire) représenteront la moitié des investissements du secteur électrique. Mieux, le nombre d’employés du secteur devrait quadrupler, passant de 3 millions en 2016, à 13 millions en 2020.

Les émissions chinoiseS ne baisseront pas

La capacité éolienne devrait passer de 129 à 210 gigawatts (GW) entre 2015 et 2020. L’évolution attendue du photovoltaïque sera plus importante encore: de 43 GWc en 2015, la capacité chinoise devra atteindre 110 GWc en 2020.

L’accroissement des capacités éoliennes, solaires et hydrauliques chinoises évitera l’émission de 1,4 milliard de tonnes de CO2 en 2020, de 10 millions de tonnes de dioxyde de soufre, de 4,3 Mt d’oxyde nitreux et de 5,8 Mt de particules, indique la NEA. Impressionnant. Mais ne nous y trompons pas, les émissions nationales de gaz à effet de serre (GES) de la Chine ne diminueront pas pour autant.

L’objectif de l’Empire du Milieu n’est pas d’abattre ses émissions, mais l’intensité carbone de son économie: c’est-à-dire les tonnes de CO2, de méthane ou de protoxyde d’azote émises pour produire un point de PIB. Conformément à l’accord conclu avec les Etats-Unis en novembre 2014, l’économie chinoise doit réduire de 54% son intensité carbone entre 2010 et 2030. Pour autant, la croissance du PIB étant ce qu’elle sera, il est probable que les rejets de GES chinois bondiront de près de 60% durant ces 20 années, dépassant les 14 Mdt CO2 par an en 2030[2].

Cap à l’étranger

Le climat en sortira-t-il perdant? Pas forcément. Car si la Chine réduit son rythme de décarbonation, elle augmente sensiblement ses investissements à l’étranger. En 2016, rapporte une étude de l’IEEFA, un think tank américain, les entreprises, publiques et privées, chinoises ont investi 32 milliards de dollars (30,2 Md€) dans les énergies propres sud-américaines, asiatiques, voire européennes. Soit 60% de mieux que lors de l’année précédente.

Plus gros constructeur de batteries ion-lithium de la planète, Talison Lithium continue de prendre des participations dans les mines de lithium (en Australie et au Chili, dernièrement) pour préserver son leadership face à de nouveaux venus sur ce marché, comme Tesla.

Hydraulique, réseaux et lithium

Après avoir raflé 24% du capital du gestionnaire des réseaux de transport d’électricité (GRT) grec, State Grid Corp of China s’est offert le quart du capital du GRT brésilien, CPFL Energia. Un Brésil où l’exploitant du gigantesque barrage des Trois gorges (déjà actionnaire de référence de Energias de Portugal) a consacré 1,2 Md$ (1,1 Md€) à l’hydroélectricité locale, l’an passé. Presque autant que ce que son compétiteur ZHEFU a consacré au développement de centrales hydrauliques en Indonésie. En Europe, CGNP a pris quelques parts dans le capital de la future centrale nucléaire de Hinkley Point, construite par le groupe EDF. En attendant de pouvoir bâtir un réacteur de technologie chinoise, à Sizewell.

Le tsunami chinois

Aucun autre pays n’investit autant dans les énergies décarbonées que la Chine. En 2014, l’Empire du Milieu leur a consacré plus de 102 Md$ (96,5 Md€), contre 44 milliards pour les Etats-Unis, 36 milliards pour le Japon ou 22 milliards pour le Royaume-Uni. Et les perspectives sont à l’avenant. Si les objectifs du 13e plan quinquennal sont atteints, le marché intérieur chinois représentera entre 36% et 40% des chiffres d’affaires des secteurs mondiaux de l’éolien, de l’hydroélectricité et du photovoltaïque, ces 5 prochaines années. 

Avec la perspective de voir Washington quitter le partenariat transPacifique (TPP) et renier l’Accord de Paris, l’Amérique de Donald Trump se prépare à perdre la partie des énergies décarbonées. Le risque est d’autant plus grand que Pékin a récemment constitué un système bancaire dédié à l’investissement dans les infrastructures offshore: Asia Infrastructure & Investment Bank, China Import Export Bank, China Development Bank. La vague du tsunami chinois ne fait que commencer à grandir.

 



[1] Pnue: Programme des Nations unies pour l’environnement

[2] L’équivalent de la moitié des émissions mondiales en 2005.

 



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus