Energie: traiter l'urgence sans obérer le long terme

Le 07 septembre 2012 par Valéry Laramée de Tannenberg
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L'exploitation des gaz de schiste n'est pas compatible avec la stabilisation du climat.
L'exploitation des gaz de schiste n'est pas compatible avec la stabilisation du climat.

Les attentes du secteur de l’énergie sont, bien sûr, multiples et contradictoires. Côté producteurs, on rêve souvent d’un impossible statu quo. Pour EDF, cela pourrait prendre la forme d’un parc nucléaire intouché dont on allongerait à 40 ans, voire 60, la durée de vie des réacteurs. Cela s’apparenterait aussi à un parc hydroélectrique dont les concessions ne changeraient pas (trop) de mains. Bref, de quoi faire tout de même bondir le prix de vente du kilowattheure de quelques dizaines de pourcents.

Chez les transporteurs d’électricité (RTE et ERDF), il est plutôt question de modernisation. Au nom de la mutation du parc énergétique (comprendre: «plus de renouvelable») et de la sécurité d’approvisionnement (traduire par importer et exporter du courant), le gestionnaire du réseau de transport veut développer et restaurer son réseau de lignes à haute tension. Cela coûtera des milliards. Même conclusion à la lecture des projets, imposés par l’Etat, d’ERDF: installation de 35 millions de compteurs communicants (le mythique Linky), construction de dizaines de milliers de bornes de recharge de véhicules électriques, sans compter la modernisation du réseau de distribution, long de plus d’un million de kilomètres.

Chez les promoteurs d’énergies renouvelables, c’est de survie dont il est question. Le Syndicat des énergies renouvelables (SER) milite pour que la proposition de loi du sénateur Courteau, publiée en juillet dernier, soit adoptée au plus vite. «Cela permettrait, résume Jean-Louis Bal, le président du SER, de fusionner ZDE et schéma éolien, d’abaisser de 5 à 3 le nombre minimal de mâts de chaque parc, et de fusionner les démarches d’autorisation d’installation d’une installation classée et de permis de construire.»

Bref, on détricoterait les amendements que les parlementaires de l’ancienne majorité avaient voté pour entraver le développement de l’éolien terrestre. L’ancien directeur des énergies durables de l’Ademe rappelle que le rythme annuel d’érection des éoliennes est tombé à 800 mégawatts en 2011, et devrait plafonner à 600 MW, cette année. «Or, pour tenir les objectifs du Grenelle, nous devons mettre en service 1.450 MW par an», souligne-t-il. Son syndicat souhaite que les contradictions entre les lois Grenelle II, Montagne et Littoral soient éliminées. «Cela bloque tout développement éolien dans les départements d’outre-mer», se lamente Jean-Louis Bal.

S’il restera en dehors du Palais d’Iéna, où se tiendra la Conférence environnementale, le principal lobby français des ENR souhaite aussi que le gouvernement s’engage sur le calendrier du second appel d’offres éolien offshore et modifie le tarif d’achat de l’électricité produite par les centrales photovoltaïques. «Pour maintenir la rentabilité de ces installations, il faudrait que le tarif ne baisse que de 10% par an et non par trimestre.» Dernière requête: le maintien en l’état du fonds Chaleur renouvelable, géré par l’Ademe. «Ce dispositif permet d’éviter l’émission de gaz carbonique d’origine fossile pour un coût inférieur à 15 euros la tonne. D’autre part, la biomasse locale se substitue directement aux énergies fossiles importées, ce qui permet de réduire le coût de notre facture pétrolière.»

Plus global, Alain Grandjean veut une nouvelle politique énergétique qui parte de la demande et qui ne soit pas seulement assise sur des symboles. «La bonne gestion de l’énergie, c’est plus compliqué que la seule fermeture de Fessenheim», glisse-t-il. Politique qui reprendrait les objectifs déjà fixés en 2005 par la loi Pope, à savoir diminution de 3% par an des émissions de gaz à effet de serre jusqu’en 2050. Pour y parvenir, rappelle ce membre du comité stratégique de la Fondation Nicolas Hulot, toute exploitation des énergies fossiles non conventionnelles devra être interdite: «Leur exploitation est en totale contradiction avec l’objectif de limiter le réchauffement à 2°C».

Le compère de Jean-Marc Jancovici veut aussi relancer la rénovation des logements à faible performance énergétique. Gigantesque, ce chantier de 400.000 logements par an pourrait être financé, notamment, par la réallocation «des subventions à la pollution». «Réduire de moitié les niches fiscales défavorables à l’environnement permettrait d’économiser de 5 à 7 milliards d’euros», rappelle l’économiste de l’environnement. Sur la même ligne que celle de Jean-Louis Bal, Alain Grandjean propose aussi de rationaliser les tarifs d’achat de l’électricité renouvelable, de façon à favoriser la création de véritables filières industrielles nationales: une autre façon de promouvoir le redressement productif. Toujours pas remis de l’abandon par le président Sarkozy de la taxe carbone, le co-auteur de «Le plein s’il vous plaît» veut absolument l’intégration dans le projet de loi de finances 2014 d’une contribution Energie-climat.



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