Energie: le monde s’éloigne de l’Accord de Paris

Le 28 mai 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Un accroissement des émissions implique un renforcement des efforts de décarbonation.
Un accroissement des émissions implique un renforcement des efforts de décarbonation.
Enerdata

En 2017, les émissions de CO2 énergétiques mondiales, européennes et françaises sont reparties à la hausse. Ce qui nous oblige à produire des efforts toujours plus grands pour espérer stabiliser le réchauffement.

 

Voilà qui donnera du grain à moudre aux participants du débat sur la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). L’an passé, les émissions de CO2 ‘énergétiques’ françaises ont bondi de 3%, indique Enerdata, dans son bilan énergétique annuel, publié ce lundi 28 mai. Pour l’Hexagone, les mauvaises années se suivent et se ressemblent. En 2016, le bilan carbone tricolore s’était alourdit de 2% par rapport à 2015. De bien mauvaises performances, à comparer à celles comptabilisées durant la décennie 2005-2015: -2,1% par an, en moyenne.

France out, UK in

«Deux raisons expliquent principalement ces dérapages, explique Pascal Charriau, PDG d’Enerdata. D’une part, la reprise de l’activité économique en France et une moindre production d’électricité par les barrages et les centrales nucléaires.» Conséquence, il a fallu davantage faire tourner les centrales à gaz, émettrices, elles, de gaz carbonique.

La France n’est pas la seule mauvaise élève. Loin s’en faut. L’Allemagne, sa rivale carbonique de toujours, comptabilise elle aussi sa deuxième année consécutive de hausse des émissions: +2,4% (contre +1,4% en 2016). Globalement, le secteur énergétique des 28 pays membres de l’Union européenne a émis l’an dernier 1,9% de dioxyde de plus qu’en 2016.

Seul le Royaume-Uni s’en tire avec les honneurs. En sortant du charbon et en développant des champs d’éoliennes (marines surtout) toujours plus importants, la Grande-Bretagne fait chuter de plus de 3% ses émissions carbonées en 2017. Ce qui reste dans sa moyenne depuis 2005.

alourdissement du bilan

Au niveau planétaire, les résultats sont également mauvais. Globalement, le secteur énergétique a craché 27 milliards de tonnes de CO2 l’an passé, un chiffre en progression de 2% en un an. La croissance économique n’explique pas tout. Certes, celle-ci reste l’un des moteurs de la demande de mégawattheures (MWh), mais elle n’est pas la seule. Toujours entre 2005 et 2015, l’économie mondiale a progressé en moyenne de +3,5% par an, faisant grimper la demande d’énergie et les émissions de CO2 de plus ou moins 1,6% par an. Nous n’en sommes plus là.

La trentaine de pays constituant l’OCDE ont joué la modération. Sous l’effet d’une baisse de la consommation de charbon (aux Etats-Unis et au Royaume-Uni) et d’une légère amélioration de l’efficacité énergétique, les membres du club des pays les plus riches ont englouti 1% d’énergie en plus en un an: trois fois moins que les grands pays émergents et émargeant au G20 (dont la Chine et l’Inde).

le contre-exemple russe

Ces derniers ont accru leur demande de charbon, de pétrole et de gaz pour alimenter leur croissance économique. Une mention spéciale peut être décernée à la Russie qui voit ses émissions carbonées bondir de près de 6% entre 2016 et 2017[1]. «Voilà ce qui se passe quand l’une des économies les moins efficaces du monde en termes énergétiques change de braquet», reprend Pascal Charriau.

 

Cette succession de contre-performances hypothèque un peu plus notre capacité à atteindre les objectifs fixés par l’Accord de Paris. «Dans notre scénario précédent, qui se basait sur la moyenne des émissions comptabilisées entre 2005 et 2015, le monde devait réduire de 2,9% par an ses rejets carbonées jusqu’en 2050 pour espérer limiter le réchauffement à 2°C. Les retards de ces deux dernières années impliquent désormais qui nous baissions nos rejets de 3,5% par an. Ce qui ne s’est jamais vu!»



[1] Contre une hausse de 2,6 %% pour les autres pays classés hors OCDE.

 



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