Énergie et numérique : enfer ou paradis environnemental?

Le 06 novembre 2017 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Les data centers consomment déjà 1% de l'électricité mondiale.
Les data centers consomment déjà 1% de l'électricité mondiale.
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L’Agence internationale de l’énergie (AIE) souligne les avantages et les inconvénients de la numérisation croissante du monde de l’énergie.

 

Avec la décarbonation, l’arrivée du numérique est la deuxième mutation que subit le secteur de l’énergie. Les fiançailles ont duré quelques décennies. Les électriciens utilisent les technologies du ‘digital’ depuis une quarantaine d’années pour piloter et assurer la maintenance préventive des réseaux de transport et de distribution d’électricité. Les compagnies pétrolières doivent beaucoup aux modèles informatiques. Leurs capacités à visualiser les gisements de pétrole réduisent les risques liés à l’exploration.

Milliards d’objets connectés

Comme dans de nombreux secteurs, c’est l’arrivée d’internet qui a tout changé. La révolution du web ouvre la porte à des milliards d’objets connectés qui communiqueront entre eux et avec des plateformes informatiques, facilitera l’autodiagnostic des véhicules électriques, permettra d’adapter la consommation d’électricité à la production (ou aux prix de marché). Question: cette évolution est-elle souhaitable?

Véhicules du futur

Dans un rapport qu’elle publie ce lundi 6 novembre, l’AIE pose les éléments du débat. En commençant par les bienfaits. Qu’ils soient autonomes ou conduits, les véhicules du futur seront plus encore qu’aujourd’hui bardés de capteurs qui devraient accroître le niveau de sécurité (radar) et réduire les consommations (en organisant des trains de véhicules sur autoroute). La banalisation des véhicules partagés (et commandés par smartphone) réduit a priori le nombre de véhicules en circulation dan les zones urbaines.

Domotique économe

En adaptant automatiquement la demande d’énergie à la température ambiante, l’intensité de la lumière naturelle ou le niveau de prix du kilowattheure, la domotique a de quoi séduire. La généralisation des thermostats intelligents, des compteurs communicants pourrait réduire de 10% la consommation mondiale des secteurs résidentiel et tertiaire, estime l’AIE.

Imprimantes 3D connectées

L’industrie ne découvre pas l’intérêt du numérique. En améliorant son comptage d’énergie, elle a déjà massivement réduit ses consommations (et ses émissions de gaz à effet de serre). Et le meilleur est peut-être à venir. Faire surveiller à distance les machines permet au calculateur de détecter les signaux faibles avant-coureurs d’une panne. Utiliser de nouvelles technologies numériques de production, comme les imprimantes 3D, permet la réalisation de pièces (d’avion, par exemple) plus légères. Moins lourd, le véhicule ainsi assemblé sera aussi plus sobre en carburant.

Moins de black-out

Le numérique prend parfois l’air. Les exploitants de réseaux électriques, de parcs éoliens ou de fermes photovoltaïques utilisent désormais les drones pour assurer des missions de maintenance préventive. Ce qui réduit la survenue de pannes coûteuses. L’AIE estime que la numérisation de la gestion des réseaux américains de lignes à très haute tension permettrait d’économiser 80 milliards de dollars par an (69 Md€) en frais de maintenance.

Meilleur accueil fait aux ENR

Plus d’informatique sur les réseaux, c’est faciliter l’injection d’électricité produite par intermittence sans dégrader la qualité du courant transporté, souligne l’agence de l’OCDE. Des réseaux offrant une plus large place aux productions d’origine éolienne ou photovoltaïque, capables de s’adapter plus facilement aux évolutions (parfois brutales) de l’offre et de la demande réduisent les besoins en nouvelles lignes. Une économie de nouvelles infrastructures que les rédacteurs chiffrent tout de même à 270 Md$. Plus de numérique dans les réseaux, c’est éviter que la recharge des véhicules électriques ne perturbe leur bon fonctionnement et imaginer que ces millions de batteries à roulettes puissent aussi servir de capacité de stockage mobilisable aux périodes de forte consommation.

Cyber-attaques

Voilà pour les bons côtés, très prometteurs. Moins évidentes à chiffrer, les menaces que font peser sur nos systèmes énergétiques l’ouverture sur le monde de l’internet sont inquiétantes. Il est par exemple totalement impossible, soulignent les rapporteurs, d’éviter le déclenchement de cyber-attaques. «Mais leur impact peut être limité si les pays et les entreprises s’y sont préparés.»

Pas de cyber-chômeurs

L’arrivée en masse des robots énergétiques (automates de réseau) ne sera pas non plus sans conséquence pour l’emploi. En France, le déploiement du compteur communicant Linky permettra à Enedis de réduire le nombre de ses agents affectés à la relève des compteurs.

Energie et CO2

Le numérique contribue aussi au renforcement de l’effet de serre. En 2015, les centres de données et les réseaux de télécommunication consommaient près de 300 térawattheures par an d’électricité. De quoi expédier dans l’atmosphère 300 millions de tonnes de CO2 par an. Pour le moment. Car le nombre de data centers devrait tripler entre 2015 et 2020 et le développement de l’internet mobile devrait fortement accroître l’appétit énergivore des réseaux.

Plus d’hydrocarbures

Autre coup porté au climat: le soutien aux industries pétrolières. Les producteurs de pétrole et de gaz (y compris de schiste) nourrissent de grands espoirs numériques. Une meilleure modélisation informatique des structures géologiques renfermant des hydrocarbures devrait permettre d’augmenter de 5% les réserves effectivement récupérables de gaz et de pétrole. Pas bon pour notre budget carbone, limité à 800 Mdt CO2 pour stabiliser le réchauffement à 2°C.

Dans l’énergie comme ailleurs, le numérique est donc capable du pire comme du meilleur. C’est au pouvoir politique, souligne l’AIE, de fixer la place des curseurs. A condition qu’il le veuille.



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