Energie et climat, les nouvelles cibles de la défense nationale

Le 02 mars 2012 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Les BPC, fleurons climatiques de la marine ?
Les BPC, fleurons climatiques de la marine ?

Des années après Washington et Londres, Paris publie deux rapports appelant les stratèges de la défense et de la sécurité nationales à s’intéresser aux changements climatiques et ses conséquences.

Contrairement à leurs homologues britanniques et surtout américains, les militaires français ont du mal à intégrer les problématiques environnementales et climatiques. Depuis une dizaine d’années, les experts du Pentagone (le ministère de la défense américain) imaginent ainsi les guerres de demain.

Pour réduire la vulnérabilité de la chaine logistique, les GI’s du XXIe siècle seront de gros utilisateurs d’énergies renouvelables [JDLE]. Ils devront participer à des conflits dont les causes seront souvent environnementales: réfugiés climatiques, accès aux ressources naturelles et à l’énergie, dégradation de biotopes ou de biomes, etc.

Depuis une décennie, les consultants du Pentagone et ceux de la CIA moulinent leurs scénarios. Et la haute hiérarchie militaire intègre les problématiques environnementales et climatiques dans sa nouvelle grille de lecture du monde. En 2009, une dizaine de généraux et d’amiraux des 4 armes américaines lançaient un appel solennel pour adapter la stratégie de l’US Army à l’évolution du climat.

Esquissant un monde plus instable, aux ressources énergétiques et naturelles (eau, alimentation) plus disputées, ces anciens patrons de la plus puissante armée du monde suggéraient d’adapter le matériel au climat futur (plus humide ou plus sec, selon les terrains).

Ils s’inquiétaient aussi de la montée du niveau des mer et de l’accroissement du nombre et de la puissance des cyclones: deux menaces évidentes pour certaines des plus importantes bases de l’Oncle Sam, Diego Garcia, Pensacola, etc.

Ces experts rappelaient également que la fusion des glaces arctiques réveille les ambitions nationales des riverains du pôle Nord, sans que la Navy puisse intervenir, faute de navire adapté.

Faisant une analyse comparable à celle de ses alliés d’outre-Atlantique, la Royal Air Force a consacré, également en 2009, un rapport au changement climatique et à ses conséquences stratégiques. La principale d’entre elle est de sécuriser l’approvisionnement en kérosène, notamment en recourant au carburant de synthèse. Sujet de recherche sur lesquels les Américains sont également très en pointe.

Fidèle à sa réputation, la Grande muette ne s’est guère exprimée sur des sujets qui passionnent pourtant ses alliés. Mais les choses pourraient évoluer. Ces derniers jours, deux rapports recommandent une mise à niveau du logiciel tricolore. Peu médiatisé, le document préparatoire à l’actualisation du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale est le fruit des réflexions du secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), un service dépendant du Premier ministre.

Dans ce document, qui servira de base de discussion à l’évolution de la stratégie de défense (à prévoir pour le second semestre), le changement climatique fait tout de même l’objet de quelques lignes. Il contribuera, indiquent les auteurs, à fragiliser les populations les plus vulnérables des pays en développement, mais aussi de la France d’outre-mer. Conjugué à l’évolution démographique, il rendra plus difficile l’accès aux ressources naturelles. Les stratèges occidentaux sont donc d’accord.

Pour autant, ceux du SGDSN portent une attention toute particulière aux questions énergétiques. Rappelant qu’en 2035, la plupart des grandes nations ne «seront pas en mesure de satisfaire leur demande d’énergie à partir de leur production locale», ils plaident pour une autonomisation du mix énergétique français: «La diversification du bouquet énergétique constitue un premier élément de réponse pour réduire la dépendance extérieure (développement du nucléaire civil, énergies renouvelables, exploitation de ressources non conventionnelles telles que le gaz de schiste». Une esquisse de politique énergétique?

En début de semaine, les députés André Schneider (UMP) et Philippe Tourtelier (PS) ont rendu public le premier rapport parlementaire sur l’impact du changement climatique en matière de sécurité et de défense.

Rappelant la grande probabilité que le changement climatique «puisse entraîner une augmentation de la fréquence et de l’intensité des phénomènes météorologiques extrêmes», le rapport se montre favorable au lancement d’une politique d’adaptation (construction d’ouvrages de protection) et au renforcement des capacités de secours pour les zones frappées par une catastrophe. Des capacités qui pourront aussi être utilisées pour exfiltrer des ressortissants français, coincés dans des pays «confrontés à des défis hydriques et nourriciers». On les devine militarisées.

Conscients «des effets multiplicateurs du changement climatique sur les facteurs de tension intra-étatiques et inter-étatiques, sur les dynamiques migratoires», les deux députés proposent aussi de renforcer «les capacités de surveillance des espaces nationaux».

Ce durcissement de la surveillance continue des frontières maritimes imposera le développement d’un concept nouveau pour la Royale: le sea basing. Concrètement, il s’agira de disposer en permanence à la mer de bâtiments complémentaires constituant une véritable base aéronavale capable de soutenir des opérations terrestres, comme le ferait une base de l’armée de terre. Les bâtiments de projection et de commandement, comparables à ceux récemment vendus à la Russie, ont sans doute un bel avenir devant eux.

à propos de gros engins, les deux auteurs recommandent «d’évaluer de façon exhaustive l’impact du réchauffement climatique sur les systèmes d’armes, en particuliers pour ceux qui disposent d’une durée de vie importante comme les sous-marins et les aéronefs».

De quoi pimenter les futures discussions entre les patrons de la marine, de l’aviation et de l’armée de terre.



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