Energie-climat : tous mécontents

Le 27 janvier 2011 par Valéry Laramée de Tannenberg
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En ouverture des Assises de l’énergie, représentants de l’Ademe, des collectivités et des professionnels des énergies renouvelables ont présenté un piètre bilan de l’année Energie 2010. Revue de détails.

 

Tous les ans à pareille époque se déroulent les Assises de l’énergie. Les années paires, l’événement se déroule à Dunkerque. Les années impaires, c’est Grenoble qui s’y colle.

 

Ouvertes mercredi 26 janvier, l’édition 2011 a commencé sur les chapeaux de roue. Traditionnellement, le colloque débute par une séance résumant l’année écoulée. Le débat étant modéré par Gérard Magnin, délégué général d’Energy Cities.

 

Sous le froid chapiteau, dressé sous le stade des Alpes, l’ambiance est rapidement devenue électrique, entre les 4 débatteurs : Gérard Magnin, Philippe Van de Maele (président de l’Ademe), Marc Jedliczka (vice-président du Comité de liaison des énergies renouvelables, Cler) et Pascal Sokoloff (directeur général de la Fédération nationale des autorités concédantes et régies, FNCCR).

 

Faux ingénu, Gérard Magnin s’est demandé si « l’esprit du Grenelle était encore là ». Plus manuel, Marc Jedliczka a considéré que « l’outil de 2011, ce sera le rabot des ambitions ». Du Grenelle, a repris le spécialiste des énergies renouvelables, « il est sorti une nouvelle réglementation thermique, mais pas le moteur de calcul [qui permettra d’évaluer les performances énergétiques des bâtiments, ndlr]. On aura donc des bâtiments qui seront très loin d’atteindre les performances attendues. Et puis, on n’a pas encore de moyens pour procéder à la rénovation du parc immobilier existant ». Implacable juriste, Pascal Sokoloff s’est demandé comment les collectivités, auxquelles l’Etat demande de plus en plus, pourraient répondre à ces sollicitations en période de restriction budgétaire.

Interpellé, Philippe Van de Maele a défendu la cause publique du mieux qu’il a pu. « Toutes les ambitions du Grenelle n’ont pas été reprises, c’est vrai. Mais la crise économique est passée par là. »

 

Les collectivités ne sont pas réticentes à changer de politique énergétique, de transport ou d’urbanisme. Mais entendent le faire à leur manière. « C’est gentil à l’Etat de nous dire ce qu’il faut faire, alors que ce sont des villes pionnières, comme Lyon ou Grenoble, qui ont été à l’initiative et à la manœuvre sur les plans Climat ou la relance des tramways », reprend Marc Jedliczka. « Trop simpliste, réplique le patron de l’Ademe. Il y a certes des collectivités en avance, mais beaucoup ne sont pas encore dans cette démarche. » Raison pour laquelle, rappelle-t-il, l’Etat a développé des outils d’accompagnement des collectivités, à l’instar du schéma régional Climat-air-énergie ou du label Cit’ergie.

 

Concernant l’éolien, les esprits se sont un peu calmés. Chacun y allant de son couplet pour regretter l’influence de certains lobbies ou l’intransigeance des défenseurs à tout crin des paysages ruraux.

 

L’évocation du photovoltaïque a réveillé l’atmosphère matinale. « Là, ce n’est plus le rabot, mais la guillotine, s’est exclamé Marc Jedliczka. Tout cela parce que l’Etat n’arrive pas à croire en l’avenir d’une énergie décentralisée. » Une critique que n’est pas loin de partager Philippe Van de Maele. « Nous sommes dans un pays toujours très centralisé. Et l’énergie décentralisée ne passe pas bien dans les services de l’Etat », concède l’ancien directeur adjoint du cabinet de Jean-Louis Borloo.

Constructif, Pascal Sokoloff propose de réformer la contribution au service public de l'électricité (CSPE) pour continuer de financer le déploiement des panneaux solaires.

 

Autre sujet d’empoigne, l’adoption récente de la loi sur la nouvelle organisation du marché de l’électricité (Nome). Pour le patron de la FNCCR , le texte n’est pas dénué d’intérêt. « On force EDF à céder 25 % de son électricité nucléaire. Il faudra que les commercialisateurs fassent un effort d’imagination pour proposer des offres performantes. Mais, comme les prix de l’énergie vont augmenter, cela va accélérer la compétitivité des énergies renouvelables. »

Pour le héraut des ENR, la loi Nome ne va pas assez loin. « L’accès à la rente nucléaire devrait être étendue à la rente hydraulique », estime Marc Jedliczka.

 

Moins médiatisée que la précédente, la réforme du dispositif des certificats d’économie d’énergie (CEE) ne fait pas que des heureux. Certes, Pascal Sokoloff ne tarit pas d’éloges sur son principe fondateur. « J’aime cet outil qui oblige les énergéticiens à maîtriser la consommation énergétique de leurs clients. » Pour autant, la réforme aura été faite a minima. « Nous souhaitions accroître d’un facteur 18 les objectifs, explique Philippe Van de Maele . Or, compte tenu de l’accroissement du nombre d’obligés (les vendeurs de carburants, ndlr), l’objectif initial n’a été que triplé par rapport à la première phase d’engagement. »

 

Dernier sujet évoqué et non des moindres, le compteur communicant (ou évolué comme on dit désormais). Soucieux de l’équilibre des finances publiques, Pascal Sokoloff a rappelé le coût de l’installation du futur compteur d’électricité Linky : 8 milliards d’euros.

 

Technicien, Marc Jedliczka souligne que ledit Linky permettra très difficilement à l’usager d’obtenir les informations lui permettant de réduire ses consommations. « Il y a pourtant, dans le monde, des dizaines de compteurs intelligents, et là, on n’a juste réinventé l’eau tiède. »

 

Le coup de grâce à été porté par le patron de l’Ademe. « Ce compteur n’a rien d’intelligent. Il ne permet pas de faire de la maîtrise des consommations d’électricité et son modèle de développement économique n’a rien de clair. »

 

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