Energie-Climat: la France prête au grand bond en arrière?

Le 20 juillet 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Nicolas Hulot peut-il réviser à la baisse les objectifs climatiques de la France ?
Nicolas Hulot peut-il réviser à la baisse les objectifs climatiques de la France ?
VLDT

 

C’est officiel, la France ne tiendra pas ses objectifs climatiques avant la fin de la prochaine décennie. La faute au manque d’argent et à l’absence de courage politique.

 

La neutralité carbone n’aura pas lieu. Du moins, pas en 2050. Ou pas comme l’imagine Nicolas Hulot. C’est la conclusion que l’on peut tirer de la réunion du comité de suivi technique sur la révision de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) et de la stratégie nationale bas carbone (SNBC)[1] qui s’est tenue jeudi 19 juillet.

le drame

A cette occasion, les experts de la Direction générale de l’énergie et du climat (DGEC) du ministère de la transition écologique ont présenté leurs dernières simulations pour le deuxième et troisième budget carbone[2]. Et soudain, c’est le drame. Au détour d’une diapositive, quelle n’a pas été la surprise des participants d’apprendre qu’aucun des prochains budgets carbone ne sera respecté. Le ministre d’Etat avait un peu préparé les esprits lors d’un discret séminaire sur la neutralité carbone. Cela se confirme.

Deux budgets ne seront pas respectés

Selon les derniers calculs de la DGEC, la France devrait émettre 18 millions de tonnes par an de gaz à effet de serre (GES) en trop pour son premier budget (2015-2018). Le dérapage sera plus grand encore lors du budget suivant: 24 Mt équivalent CO2 par an pour la période 2019-2023. Le troisième budget «pourrait être respecté» à condition de mettre en œuvre de nombreuses mesures supplémentaires pas toujours compatibles avec le manque de courage politique et un carcan financier trop rigide.

Transports et résidentiel

Comment en est-on arrivé là? Simple: c’est la faute aux autres. Deux gros secteurs sont montrés du doigt: les transports et le résidentiel-tertiaire. «Sur le secteur des transports, la principale différence avec la trajectoire de la SNBC vient du retard pris ces dernières années», indique la DGEC. Certes.

carburants bon marché

En vrac, les services du ministère citent une forte progression du trafic routier en raison des faibles prix des carburants, des véhicules neufs qui consomment plus que prévu et des voitures électriques qui peinent à séduire les automobilistes. Résultat: des émissions supérieures de 6% à ce qui était prévu pour le premier budget, de 16% pour le second et de 17% pour le dernier.

plans de rénovation

C’est encore pire pour le résidentiel: 18% de dérapage entre 2014 et 2018, 26% entre 2019 et 2023 et 23% entre 2024 et 2028. Là encore, le faible prix de l’énergie est réputé coupable. Auquel il faut ajouter l’incapacité des pouvoirs publics à tenir leurs engagements en matière de rénovation des logements. Trop cher, trop compliqué.

Autres engagements intenables

D’autres engagements ne seront pas tenus. A force de trop rouler et de chauffer l’extérieur de nos domiciles, nous brûleront plus de 138 Mt équivalent pétrole en 2020: 5% de plus que ce que nous autorise la législation européenne.

Au mieux, la France ne devrait réduire que de 44% sa consommation d’énergie finale entre 2012 et 2050, contre 50% prévus par la loi Royal. L’objectif intermédiaire de 2030 (-20%) est, lui aussi, hors de portée. Cette même année, les automobilistes consommeront 13% de carburants d’origine renouvelable, contre 15% fixés par la loi.

Révision à la baisse

Plutôt que d’énoncer de nouvelles mesures qui nous permettraient (peut-être?) de rattraper le temps perdu, l’Hôtel de Roquelaure préfère revoir à la baisse certains objectifs de notre politique énergétique. «Pour 2030, indique Anne Bringault du Réseau Action Climat, l’objectif de la loi sur la transition énergétique de 32% d’énergies renouvelables est revu en catimini à la baisse à 31%.» Même punition même motif pour la consommation maximale des véhicules neufs qui seront mis sur le marché en 2030: 4 litres/100 kilomètres, contre 3 litres initialement prévus.

500.000 rénovations annuelles

Pour 2050, on peut d’ores et déjà s’asseoir sur la perspective de voir correctement isolés les 35 millions de logements. Il faudrait, pour ce faire, rénover (niveau BBC) 700.000 maisons et appartements chaque année. Au mieux, la DGEC n’en promet pas plus de 500.000 par an. L’objectif du plan présenté le 26 avril dernier.

Après la très curieuse concertation mise en œuvre autour de la PPE, ces estimations tombent mal pour le pays-hôte de la COP 21. L’Europe prévoit, en effet, d’annoncer une hausse de ses ambitions lors de la COP 24 qui s’ouvre le 3 décembre prochain. Date à laquelle Paris n’aura peut-être pas réussi à boucler PPE et SNBC. Vous avez dit pays leader?

 



[1] Ces deux exercices de planification doivent, légalement, être publiés d’ici la fin de l’année.

[2] Instaurés par la loi pour la transition énergétique, les budgets carbone fixent le plafond d’émission de gaz à effet de serre de la France. Le premier vise la période 2014-2018 ;; le second, la période 2019-2023 et le troisième, la période 2024-2028.

 



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