Energie: boire ou produire, va-t-il falloir choisir?

Le 17 mars 2014 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Un barrage peut consommer 209 M3 pour produire 1 MWh.
Un barrage peut consommer 209 M3 pour produire 1 MWh.
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C’est un cercle vicieux. Il faut de l’eau (beaucoup) pour produire de l’énergie. Et à mesure que nos besoins énergétiques iront croissant, l’eau sera de moins en moins accessible. Voire de plus en plus rare. Que faire pour sortir de cette spirale infernale?

Chaque année, le secteur énergétique mondial utilise un peu moins de 600 milliards de mètres cubes pour satisfaire nos besoins énergétiques. Environ 11% de ce volume énorme (20 fois la consommation française annuelle) ne retournent pas à la rivière ou à la mer et sont vaporisés dans l’atmosphère. Production d’énergie et eau forment un couple indissociable qu’il va être difficile de maintenir en l’état.

Que ce soit pour forer, doper la production de leurs puits, exploiter les sables bitumineux ou améliorer la productivité des raffineries, les pétroliers utilisent de l’eau. Beaucoup d’eau. Même chose pour les mineurs de charbon qui consomment de l’or bleu pour réduire la production de poussière des mines, laver et transporter le charbon. Grands adeptes de l’irrigation, les producteurs d’agrocarburants ne font pas exception : produire une tonne équivalent pétrole (Tep) d’éthanol avec du maïs absorbe 200 fois plus d’eau que de générer cette même Tep avec du charbon.

209 m3 pour générer 1 MWh

Les électriciens ont aussi besoin des fleuves ou de la mer pour refroidir et produire la vapeur dont sont avides leurs centrales thermiques. Le rapport spécial que le Giec[1] a consacré, en 2011, aux énergies renouvelables fixe quelques ordres de grandeur. Une centrale à gaz engloutit un peu moins d’un mètre cube d’eau pour produire un mégawatheure: deux fois moins qu’une centrale au charbon. Le nucléaire n’est pas très économe: 2,7 m3/MWh. Les énergies renouvelables ne sont pas forcément les plus sobres. Un grand barrage hydroélectrique peut ainsi turbiner jusqu’à 209 m3 pour générer 1 MWh.

Y aura-t-il toujours assez d’eau pour satisfaire nos besoins énergétiques? Tout dépend de la stratégie que nous choisissons, répond l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Si nous continuons sur notre lancée, la demande mondiale d’énergie va progresser d’un tiers entre 2010 et 2035. Dans le même temps, la consommation d’eau pourrait bondir de 35% à 100%. Tout dépend du bouquet énergétique que nous nous serons choisi.

Sur le front des précipitations, les nouvelles sont plus funestes. Globalement, le tome 1 du 5e rapport du Giec annonce une augmentation probable dans les hautes latitudes et l’océan Pacifique oriental, mais une diminution, là encore probable, des pluies dans les moyennes latitudes et les régions subtropicales. Là où est installée la majorité de l’humanité. En se basant sur le scénario A1B, des chercheurs du centre de recherche commun européen (JRC) estiment que l’étiage des fleuves du sud de l’Europe (et de la France!) pourrait chuter de 40% d’ici la fin du siècle. Difficile, dans ces conditions d’alimenter des centrales. Durant la canicule de 2003, EDF avait été obligée d’arrêter une demi-douzaine de réacteurs nucléaires. Une situation appelée à se reproduire.

Les éoliennes économisent l'eau

Devra-t-on boire ou produire, comme l’annonce déjà certaine Cassandre. Pas sûr. Rappelant que les aérogénérateurs ont permis d’éviter la consommation de 1,2 milliard de mètres cubes d’eau, en 2012, l’association européenne de l’énergie éolienne (Ewea) suggère de poursuivre le développement des parcs éoliens dans le Vieux monde, au rythme préconisé par la feuille de route Energie Climat à 2050, rédigée par la Commission. «En 2030, explique l’Ewea, l’éolien européen pourrait produire de 807 à 1.198 térawattheures, économisant de 4,3 à 6,4 milliards de mètres cubes d’eau par an».

Ce ne sera sans doute pas suffisant. L’AIE estime qu’il faut jouer sur tous les tableaux pour réduire l’empreinte eau du secteur énergétique. Les énergies renouvelables (éolien et énergie solaire, surtout) sont une carte à jouer. Mais pas la seule. L’institution de l’OCDE rappelle que les électriciens peuvent investir dans des systèmes de refroidissement de centrales thermiques plus efficaces et moins gloutons en eau. Problème: ils sont chers et grignotent des points de rendement des centrales.

L’AIE propose aussi de rationnaliser les cultures énergétiques. En réduisant notamment le recours à l’irrigation, comme c’est actuellement le cas pour le maïs ou la canne à sucre dédiés à la production d’éthanol. Ce n’est, sans doute, qu’à ce prix que le monde pourra consommer plus d’énergie, sans pour autant consacrer trop d’eau à la production d’hydrocarbures ou d’électricité. Dans son scénario 450, basé sur la mise en service accélérée d’énergies décarbonées et de taxes carbone, l’AIE annonce qu’il est possible d’accroître notre appétit énergétique tout en n’accroissant que de 4% nos prélèvements d’eau.



[1] Giec: Groupe international d’experts sur l’évolution du climat

 



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