Energie: après le Brexit, le black-out?

Le 28 juin 2016 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Amber Rudd, ministre de l'énergie et du climat, est favorable au Remain. Pas sa secrétaire d'Etat.
Amber Rudd, ministre de l'énergie et du climat, est favorable au Remain. Pas sa secrétaire d'Etat.
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Les entreprises du secteur de l’énergie s’inquiètent des conséquences de la sortie de l’Europe du Royaume-Uni. Non sans raison.

Le ministère britannique de l’énergie et du climat (Decc) est à l’image du Royaume-Uni: di-vi-sé. Amber Rudd, la ministre, est une fervente supportrice du Remain, le maintien du Royaume dans l’Union européenne. De son côté, la secrétaire d’Etat, Andrea Leadsom, est une chaude partisane du Brexit. L’ambiance est donc électrique dans le quartier londonien de Whitehall. Et contamine le secteur énergétique britannique. Car, depuis la publication des résultats du référendum du 23 avril, plus personne ne sait le cap suivi par le Decc. Lequel a de quoi être circonspect.

Indépendance écossaise: le retour

A commencer par le périmètre de son action. Sitôt la victoire du Leave connue, Nicola Sturgeon, la première ministre écossaise, a réclamé un second référendum sur l’indépendance du pays des Pictes. Cette sécession serait lourde de conséquences. La quasi-totalité de l’industrie pétrogazière britannique travaille en Ecosse, mais paie ses taxes au Trésor britannique. Et cela pèse dans le budget de la Couronne. Les 200 entreprises de la filière apportent près de 6% de la totalité des impôts collectés outre-Manche.

 

Depuis le Brexit, la livre s’est dépréciée d’une dizaine de pourcents par rapport au dollar. Renchérissant de facto la facture pétrolière et gazière du Royaume-Uni.
 

Malgré l’importance de ses champs offshore, l’Ecosse n’est pas toute entière vouée au culte des hydrocarbures. Avec près de 8 gigawatts de capacités renouvelables installées (éoliennes et hydrauliques à 90%), la province produit le tiers du courant vert britannique et exporte le quart de sa production vers l’Angleterre. L’équivalent de 6 à 7% de l’électricité consommée dans le Royaume. Pas négligeable.

Pas de planification

Surtout dans un pays qui s’est engagé à abattre de 80% ses émissions de gaz à effet de serre entre 1990 et 2050. Pour guider les choix des énergéticiens, Londres publie tous les 5 ans son budget carbone quinquennal. Ce document de planification fixe les limites d’émission de GES pour la fin de la décennie suivante. De quoi guider les investisseurs sur la voie de la décarbonation. Légalement, le Decc dispose encore de quelques heures pour rendre public le 5e budget carbone, valant pour la période 2038-2042. Mais plus rien ne bouge à Whitehall. Un retard qui ne dit rien de bon.

Nombre de partisans du Brexit, tels Nigel Lawson, John Redwood ou Owen Paterson, sont des climato-sceptiques patentés. A supposer qu’ils entrent dans un gouvernement, possiblement présidé par Boris Johnson (qui lui aussi doute de l’origine anthropique du réchauffement), il est à craindre que les politiques favorables au développement des énergies décarbonées en pâtissent.

Interviewé vendredi 24 juin par le JDLE, le PDG d’EDF n’a rien voulu laisser paraître de ses inquiétudes. Pour Jean-Bernard Lévy, le projet de centrale nucléaire de Hinkley Point C n’est en rien concerné par la sortie annoncée du Royaume-Uni de l’Europe. «Nous avons pris nos dispositions», souligne-t-il. Tout le monde n’est pas aussi serein. A commencer par Vincent de Rivaz. Le patron d’EDF Energy, la filiale britannique d’EDF qui doit construire les deux réacteurs EPR pour 18 milliards de livres (21,6 Md€), n’a jamais caché son soutien au Remain.

EDF soutien du Remain

Dans une lettre adressée à son personnel quelques jours avant le vote, le patron français a lancé un avertissement à ceux qui veulent larguer les amarres européennes: «La dimension européenne de ce projet [la centrale de Hinkley Point] a été importante pour les investisseurs chinois». De quoi choquer les partisans du Brexit. La presse chinoise se fait pourtant le relais des angoisses des argentiers d’EDF Energy. La sortie de l’Europe empêchera-t-elle les ingénieurs français de travailler à Hinkley Point? La baisse de la livre va-t-elle faire exploser les coûts incertains de la centrale nucléaire, dont China General Nuclear détient le tiers du capital? Autant de questions qui restent sans réponse. Seule certitude: Boris Johnson juge délirant le coût annoncé des deux futurs EPR britanniques.

Chez les concurrents d’EDF, l’heure n’est pas à l’optimisme. Dans un communiqué publié le 24 juin, Scottish and Southern souligne que si dans l’immédiat, le résultat du vote ne fait courir aucun risque de rupture d’approvisionnement, il en serait tout autrement «si le vote menait à une période d’incertitude». Interrogé par le Guardian, un porte-parole de Vattenfall se fait plus menaçant: «Nous voulons toujours nous développer en Grande-Bretagne, notamment dans l’éolien, mais la sortie de l’Union européenne génère un plus grand risque pour une période incertaine.» Des périodes honnies par les financiers.

Investir dans l’incertitude?

Des investissements, le secteur énergétique, électrique notamment, en a pourtant bien besoin. Le Royaume-Uni doit remplacer ses antiques centrales thermiques à flammes, développer l’éolien, moderniser ses réseaux. Au minimum, souligne un récent rapport de la National Infrastructure Commission, Londres doit investir 20 Md£ par an d’ici à 2020, pour éviter tout risque de black-out.

Autre inquiétude: les relations avec les pays voisins. Jadis autosuffisante en énergie, Albion doit désormais importer massivement pour satisfaire ses besoins énergétiques vitaux. Les gisements de la mer du Nord ne lui garantissent plus que 43% de son gaz et 77% de son pétrole. Les électriciens français et belges lui fournissent une grosse vingtaine de térawattheures par an: de quoi équilibrer le système électrique. En sera-t-il de même si les relations entre Londres et le reste de l’Europe se flétrissent? Les dirigeants de National Grid s’interrogent.

Ces 5 dernières années, la Banque européenne d’investissement a financé pour 31,3 milliards de livres d’investissements dans les énergies renouvelables britanniques. La fin d’une époque?

Le principal gestionnaire de réseaux de gaz et d’électricité du Royaume craint les conséquences d’une expulsion des marchés européens de l’énergie. Et il n’a pas tort. Dans une note publiée en novembre dernier, Vivid Economics a tenté d’évaluer les coûts du Brexit pour la politique énergétique du pays. Pour le consultant, le changement de parité entre la livre, l’euro et le dollar, l’effacement politique des Britanniques à Bruxelles et la réduction des budgets de recherche (qui ne bénéficieront plus des subsides communautaires) coûteront, au bas mot, 500 M£/an au Royaume. De quoi alourdir la facture des consommateurs, sans pour autant leur garantir gaz et électricité à tous les étages.

 



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