En ville, la biodiversité cherche encore sa place

Le 28 février 2020 par Romain Loury
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L'éclairage nocturne, plaie de la biodiversité
L'éclairage nocturne, plaie de la biodiversité

Trames vertes, bleues, brunes et noires, limitation de l’éclairage nocturne, mise en place d’habitats propices aux espèces urbaines… pour les communes, les façons d’agir pour la biodiversité sont nombreuses et bien établies. Il reste pourtant largement à faire, estiment les associations, qui souhaitent imposer le sujet dans les municipales.

 

Si l’échelon communal est critique pour la préservation de la biodiversité, celle-ci demeure un aspect marginal des politiques locales. La campagne actuelle des municipales est certes marquée par un net verdissement, via la végétalisation et la plantation d’arbres, mais la préservation du vivant, qui devrait en être l’un des buts ultimes, demeure au final assez peu évoquée.

Des appels aux candidats

Plusieurs associations s’y sont attelé, dont celles à l’origine du Pacte pour la transition, afin de «construire les communes de demain». Dans la 8ème de ses 32 mesures, le Pacte prône le développement des trames vertes (couvert végétal), bleues (cycles de l’eau), brunes (sol) et noires (éclairage). De leur côté, des antennes locales de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), par exemple la LPO Champagne-Ardenne et la LPO Anjou, ont invité les candidats à s’engager sur ces questions.

Sur le site biodiversite2020.fr, plusieurs associations, principalement de la région Grand-Est, proposent elles aussi plusieurs mesures cruciales pour protéger la biodiversité, notamment la création d’habitats favorables (haies, mares, vergers, espaces favorables aux chouettes et aux chauves-souris dansles immeubles). Las, cette charte n’a à ce jour été signée que par 35 candidats, principalement dans l’est de la France.

Les ruches: la biodiversité pour les nuls?

Quant à l’Ademe[i], elle n’est pas spécialiste de la biodiversité (tâche confiée à l’OFB), et cela se voit un peu: dans son guide «Demain mon territoire», édité en novembre 2019 en vue des municipales, elle recommande d’installer des ruches, «les abeilles participant à la pollinisation de 80 % des plantes à fleur». A peu près l’inverse de ce que propose le collectif associatif biodiversité2020, qui souhaite au contraire«agir pour toutes les abeilles», notamment en «limitant les ruches domestiques».

Souvent présentée, un peu abusivement, comme une mesure-phare en faveur de la biodiversité, l’implantation de ruches à tour de bras fait en effet débat, notamment à Paris, où des chercheurs estiment qu’elles pourraient fragiliser les pollinisateurs sauvages, dont le milieu urbain regorge d’espèces (papillons, abeilles sauvages, bourdons, etc.).

Autre enjeu important, celui de l’éclairage nocturne, qui déboussole bien des espèces, dans le temps comme dans l’espace. L’ANPCEN[ii], qui souhaite inscrire cette question dans les municipales, a déjà accordé son label «Villes et villages étoilés» à 574 communes, tandis que 400 autres ont signé une charte d’engagements volontaires et que 12.000 pratiquent des extinctions en milieu de nuit. Citée en exemple par le Pacte de la transition, la ville de Saumur (Maine-et-Loire) réduit ainsi son éclairage, en hiver, à 25% entre 21h et 1h, puis complètement après. Ce qui, en outre, lui économise 85.000 euros par an.



[i] Ademe: Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie. OFB: Office français de la biodiversité.

[ii] Association nationale pour la protection du ciel et de l’environnement nocturnes