En Suisse, l’inventaire d’émissions validé par l’observation

Le 24 mars 2016 par Romain Loury
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L'agriculture, première source de méthane
L'agriculture, première source de méthane

Une équipe suisse a mis au point une méthode pour vérifier les données d’émission de méthane au niveau national, lors de travaux publiés lundi 21 mars dans la revue Atmospheric Chemistry and Physics. Cette évaluation, de type descendant («top-down»), valide les estimations ascendantes («bottom-up») soumises par la Suisse.

Les inventaires d’émissions soumis par les pays sont dressés selon une méthode ascendante, partant des sources d’émission. La démarche est entachée de plusieurs incertitudes, notamment sur les données quant aux sources, mais aussi quant aux facteurs d’émission (quantité d’émissions par source).

C’est la raison pour laquelle la communauté scientifique est à la recherche de méthodes descendantes («top-down»), visant à mesurer directement les émissions de gaz à effet de serre (GES) dans l’atmosphère, puis de déterminer quelles sont les sources.

«L’atmosphère ne ment pas, il est possible de faire une évaluation totalement indépendante des émissions. Mais ces méthodes présentent aussi des incertitudes, notamment sur la question du transport atmosphérique», note Dominik Brunner, chercheur au Laboratoire fédéral d’essai des matériaux et de recherche (Empa) à Dübendorf.

Des résultats concordants

Avec ses collègues de l’Empa, de l’université de Berne et de l’Ecole polytechnique fédérale de Berne, le chercheur est parvenu à des résultats assez proches de ceux officiellement obtenus par la méthode ascendante. Pour cela, ils ont utilisé quatre stations de mesures sur le plateau suisse, qui couvre tout l’espace entre le Jura et les Alpes, soit 30% de la surface du pays.

«Un petit nombre d'emplacements suffit pour déterminer les émissions de méthane en Suisse, car le modèle de l'Office fédéral de météorologie et de climatologie (Météosuisse) permet de retracer sur plusieurs jours les chemins tortueux empruntés par les masses d'air depuis l'Atlantique», explique le Fonds national suisse de la recherche scientifique (FNS).

Les chercheurs ont abouti à une estimation de 196.000 tonnes de méthane émises en 2013, contre 206.000 tonnes selon la méthode «bottom-up». Plutôt une bonne surprise, alors que d’autres pays en ont eu de bien mauvaises surprises en se livrant au même exercice. Notamment les Etats-Unis, dont une équipe a montré début février que les émissions avaient augmenté de 30% en 13 ans alors qu’on les croyait stagner.

La part agricole revue à la baisse

Parmi les quelques divergences, les chercheurs relativisent la part, prépondérante, de l’agriculture, surestimée de 10% à 20% dans les inventaires nationaux, et jugent quasi-nulles les fuites des conduites urbaines de gaz naturel (une source jusqu’alors très incertaine). Ils ont en revanche découvert des émissions 30% plus fortes que prévues dans le nord-est du pays, phénomène qu’ils comptent explorer de plus près.

Pour la première fois, l’Office fédéral de l’environnement (Ofev), chargé des estimations annuelles d’émissions, va inclure cette validation en annexe de son prochain inventaire, prévu pour mi-avril. La Suisse deviendra donc le troisième pays au monde, avec le Royaume-Uni et l’Australie, à fournir une validation indépendante de son rapport d’émissions. Ce travail sera reproduit les deux prochaines années, explique Dominik Brunner, qui espère «pouvoir prolonger cette validation à plus long terme».

Le satellite, moins précis

Quid des méthodes de mesure par satellite ? Si elles permettraient de mesurer les émissions sur tout le globe, Dominik Brunner admet être «un peu sceptique quant au fait qu’elles puissent faire mieux que des mesures de surface», telles que celles effectuées par l’équipe suisse.

En Europe, le projet Icos (Integrated Carbon Observation System) recourt aussi à cette analyse de surface: porté par huit pays[i], plus la Suisse comme pays observateur, il «dispose d’un assez bon système pour analyser les émissions», juge le chercheur.

Quant au dioxyde de carbone (CO2), «nous disposons d’ores et déjà d’estimations ‘bottom up’ très précises», explique le chercheur suisse. «Je ne pense pas que l’on puisse faire beaucoup mieux, d’autant que la végétation constitue un bruit de fond élevé», ajoute-t-il.



[i] Allemagne, Belgique, Finlande, France, Italie, Pays-Bas, Norvège, Suède

 



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