En pleine turbulence, le transport aérien appelle à l’aide

Le 14 avril 2020 par Victor Miget
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Selon l'IATA, la crise sanitaire menace 25 millions d’emplois dans le secteur aérien.
Selon l'IATA, la crise sanitaire menace 25 millions d’emplois dans le secteur aérien.

Quasi à l’arrêt à cause de l’épidémie de Covid-19, le transport aérien sollicite un soutien financier des Etats pour limiter la casse. Les ONG elles, demandent des contreparties.

 

Accrocher vos ceintures, le transport aérien risque d’être secoué. Dernière prédiction en date : celle de l’Association internationale du transport aérien (IATA). Selon ses calculs, la crise sanitaire de la Covid-19, pourrait coûter aux compagnies 252 milliards de dollars (230 milliards d’euros).

Conséquences : 25 millions d’emplois directement menacés, dont 2,7 millions rien que dans les compagnies aériennes, assure l’association. Et pour cause la fréquentation des avions est en chute libre (-70% au deuxième trimestre). Autres chiffres, 90% de la flotte d’Air France-KLM reste clouée au sol, et la Lufthensa perd la bagatelle d’1 million d’euros par heure selon son PDG, Carsten Spohr…  

Renflouer les compagnies

« Si on continue comme ça, la moitié des compagnies aériennes auront disparu en juin. », prophétise le directeur général et chef de la direction de l’IATA, Alexandre du Juniac. Une étude du cabinet de conseil Archery Strategy Consulting (ASC), publiée jeudi 9 avril, n’est guère plus optimiste. Air France-KLM pourrait tenir six mois avant la faillite. Moins bien lotis, pour la Lufthansa et Delta Airlines le crash interviendrait dans 3 mois. Selon l’étude, il faudra « trois ans pour retrouver les niveaux de trafic de 2019 et dix ans pour rattraper la trajectoire d’avant la crise ». L’onde de choc se répercutera également sur les constructeurs. Avec le trafic aérien, la demande d’avions neufs risque de plonger de « 40 % à 60 % pour les cinq années à venir », prévient ASC.

Pour Alexandre de Juniac, pas de secret, « les 25 millions de personnes dont les emplois sont menacés par cette crise dépendront d'un redémarrage efficace de l'industrie ». Prêts, garanties de prêts, soutien au marché des obligations de sociétés par le gouvernement ou les banques centrales, allégement fiscal… Autant de mesures qu’avance l’IATA pour redresser la barre.

Plusieurs compagnies sont déjà en discussion avec les gouvernements. Pour Air-France KLM, une aide de 6 milliards d’euros est sur la table. Des négociations sont en cours pour rallonger l’enveloppe de plusieurs milliards. American Airlines demande, quant à elle, 12 milliards de dollars au gouvernement américain. Et l’IATA de noter des signes encourageant. « Nous avons reçu aujourd'hui des nouvelles positives d'Eurocontrol qui a reporté le paiement de plus de 1,1 milliard d'euros pour aider les compagnies aériennes à maintenir leurs liquidités ».

Ce week-end, c’est la Commission européenne qui a donné son feu vert au plan du gouvernement suédois d'accorder des garanties de prêts à hauteur de 455 M€ aux compagnies aériennes suédoises. En France, le ministre de l’économie Bruno Le Maire a dit que le gouvernement fournirait un « soutien massif » à Air France-KLM. Ce Week-end, c’est le secrétaire d’Etat aux transports, Jean-Baptiste Djebbari, auditionné devant le Sénat, qui a plaidé en faveur d’une révision d’urgence du droit européen afin de geler les remboursements des vols annulés et autoriser la remise d’avoirs aux passagers.  

Retour d’ascenseurs

Dans ce contexte, Agathe Bounfour, responsable transports au sein du Réseau Action Climat rappelle que les ONG souhaitent que « la question environnementale ne soit pas complètement évacuée de ces négociations ». En contrepartie des plans de sauvetage, lesdites ONG demandent à ce que les compagnies acceptent des réglementations plus strictes et de payer leur « juste part » de taxes une fois la crise passée. 

Une lettre ouverte adressée aux gouvernements le 6 avril dernier, et associée à une pétition internationale, a été signée par plus de 250 organisations. De leur avis, les États sont en position de force et peuvent imposer des conditions au transport aérien pour l’engager à réduire ses émissions. Alors même qu’il existe : « des demandes émanant du secteur pour un arrêt de la fiscalité, y compris environnementale ». Même si pour l’heure, « nous ignorons ce qui sera mis en cause ou non. Mais nous ne voyons pas de signaux qui vont dans le sens de l’environnement. D’autant que nous n’avons eu aucun retour spécifique sur nos demandes », note Agathe Bounfour. Quid de la révision de la directive de la taxation de l’énergie engagée avant la crise ?