En Nouvelle-Aquitaine, une «biodiversité exceptionnelle» en souffrance

Le 02 juillet 2019 par Romain Loury
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
ajouter à mes dossiersRéagir à cet article
L'outarde canepetière, un déclin de 95% en 35 ans
L'outarde canepetière, un déclin de 95% en 35 ans
DR

Le projet Ecobiose poursuit l’exploration de la biodiversité néo-aquitaine, avec deux nouveaux chapitres publiés mardi 2 juillet sur la forêt et la viticulture. Après AcclimaTerra, la région, en pointe sur l’évaluation des grandes menaces environnementales, s’apprête à revoir ses politiques publiques à la lumière de ces résultats.

 

En juin 2018, la Nouvelle-Aquitaine devenait la première région française à publier une évaluation du risque climatique, avec le projet AcclimaTerra, alors présenté comme une déclinaison régionale du rapport du Giec[i]. En janvier 2017, le conseil régional lançait des travaux équivalents sur la biodiversité, dont un premier chapitre, relatif aux plaines et aux grandes cultures, a été publié en juin 2018.

Une collaboration de 150 chercheurs

Dénommé Ecobiose, ce projet est le fruit d’une collaboration de 150 chercheurs, qui a mené une copieuse analyse de la littérature scientifique sous la direction de Vincent Bretagnolle, directeur de recherches au Centre d’études biologiques de Chizé (CEBC, CNRS/université de la Rochelle), dans les Deux-Sèvres.

Comme AcclimaTerra, il se veut la déclinaison régionale d’un rapport mondial, en l’occurrence celui de l’IPBES publié début mai. Son constat est le même: la biodiversité décline à toute vitesse, et avec elle le support des sociétés humaines.

Avant la publication du rapport intégral, prévue pour octobre, deux nouveaux chapitres ont été présentés, mardi 2 juillet, l’un consacré aux vignes et au vin, l’autre aux forêts et la filière bois[ii]. Ils confirment le rôle crucial de la biodiversité dans le fonctionnement de ces ‘socio-écosystèmes’, notamment en termes de production de bois ou en protection contre les ravageurs.

La biodiversité, gage de productivité et de résilience

«En forêt, on observe globalement un gain d’environ 15 % de la biomasse produite en peuplements mélangés de 2-3 espèces par rapport à la production attendue si on additionnait la production des monocultures de ces espèces, ou de 3 % de productivité pour une augmentation de 10 % en richesse spécifique d’arbres», notent les auteurs dans un synthèse de leur rapport.

De même, les parcelles mélangées pin maritime-bouleau présentent un taux d’attaque par la chenille processionnaire 54% fois moins élevé que les monocultures de pin. Egalement cruciales, les chauves-souris et les oiseaux: la présence de ces derniers entraîne une diminution des populations de processionnaires allant de 20% à 70%.

Un déclin rapide

Si la Nouvelle-Aquitaine présente une «biodiversité exceptionnelle», du fait de la multiplicité de ses écosystèmes, celle-ci suit la même tendance que partout ailleurs[iii]: «des espèces d’oiseaux qui utilisent fortement les vignes (bruant ortolan, pies-grièches) sont en déclin marqué voire au bord de l’extinction, notamment en ex-région Poitou-Charentes. L’outarde canepetière a perdu 95 % de ses effectifs en centre-ouest en 35 ans, de même que les deux espèces de perdrix dans les Deux-Sèvres. En outre, les espèces d’adventices des cultures sont aussi en déclin à long terme».

Selon Vincent Bretagnolle, les responsables de ce déclin vertigineux sont désormais bien connus: il s’agit de «l’intensification des pratiques agricoles [en particulier l'usage des pesticides], de l’uniformisation des paysages et de l’introduction d’espèces envahissantes», énumère le chercheur. « Si on ne fait rien, nous allons vers la disparition progressive des espèces, qui va commencer par les plus rares. Le scénario est déjà écrit. Et plus la biodiversité se dégrade, plus elle sera difficile à récupérer», prévient-il.

Néo-Terra, mise en pratique d’AcclimaTerra et Ecobiose

Pour Nicolas Thierry, vice-président EELV du conseil régional en charge de l’environnement et de la biodiversité, «la biodiversité reste très souvent écartée du débat. La question climatique est entrée dans le débat public parce que le Giec a objectivé les choses. Cela a permis d’alerter les décideurs et le grand public, qui met la pression sur le monde politique. Il faut suivre le même chemin avec la biodiversité».

Après AcclimaTerra et Ecobiose, le conseil régional s’apprête à passer la vitesse supérieure: mardi 9 juillet, il consacrera une session plénière spéciale à l’adoption d’une feuille de route, dénommée Néo-Terra, présentée comme l’application politique de ces deux études.

«C’est une feuille de route politique, avec des objectifs précis, des dispositifs. Et, il faut l’espérer, une traduction budgétaire d’ici la fin de l’année (…). Mais le budget de la région n’est pas illimité, cela va nécessiter de réorienter de l’argent, et un énorme travail de réorientation des politiques publiques dans les trois à quatre prochains mois», explique Nicolas Thierry.

Comme pour la lutte contre le dérèglement climatique, «le changement à opérer n’est pas technologique, il est surtout culturel. Tant que les politiques ne comprendront pas qu’une espèce protégée est éminemment plus importante qu’une énième bretelle d’autoroute, on ne sortira pas de l’impasse», juge-t-il.



[i] Giec: groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat; IPBES: Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques.

[ii] D’autres chapitres à venir auront trait au pastoralisme et à la montagne, aux milieux aquatiques et marins, à la biodiversité urbaine.

[iii] C’est d’ailleurs dans la zone atelier «Plaine et Val de Sèvre» (sud des Deux-Sèvres), dirigée par Vincent Bretagnolle, qu’a été menée l’étude, très médiatisée, montrant une perte d’un tiers des oiseaux à la campagne depuis 15 ans, publiée en mars 2018.

 



Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus