En mer, plus de méthylmercure en profondeur

Le 04 septembre 2013 par Romain Loury
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Le thon, une espèce particulièrement chargée en mercure
Le thon, une espèce particulièrement chargée en mercure

L’accumulation de mercure chez certains poissons de mer s’explique en partie par la profondeur à laquelle ils se nourrissent, pas seulement par leur rang dans la chaîne alimentaire, selon une étude publiée dans la revue Nature Geoscience.

Parmi les espèces marines les plus chargées en mercure, les poissons prédateurs, dont le thon, l’espadon et le marlin. Jusqu’alors, la principale raison invoquée résidait dans une bioaccumulation par ces espèces de ce métal lourd, dont la forme organique (le méthylmercure) est considérée comme la plus toxique.

Chez l’homme, le méthylmercure est lié à des troubles du développement cérébral chez l’enfant, ainsi qu’à des troubles cardiaques et immunitaires. Raison pour laquelle l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses) conseille, dans un avis publié début juillet, d’éviter certaines de ces espèces chez les populations sensibles, en particulier les enfants de moins de trois ans, les jeunes filles et adolescentes, les femmes en âge de procréer, enceintes ou allaitantes.

Si l’hypothèse de la bioaccumulation reste tout à fait valable, elle laisse tout de même quelques couacs. En 2009, des chercheurs de l’université de Hawaii avaient ainsi découvert d’importantes différences entre poissons prédateurs selon la profondeur à laquelle ils nagent: vivant en eaux profondes, l’opah (ou lampris royal) et l’espadon contiennent des taux très élevés de mercure, tandis que le mahi-mahi (ou dorade coryphène) et le thon jaune, près de la surface, en sont bien moins imprégnés.

Le méthylmercure, produit en profondeur

Conduite par ces mêmes chercheurs hawaiiens, en collaboration avec l’université du Michigan, une nouvelle étude, menée par analyse des divers isotopes du mercure par spectrométrie de masse, apporte l’explication. Elle a porté sur 9 espèces de poissons, dont 6 prédatrices et 3 de proie, allant, à profondeur croissante, du poisson volant au poisson lanterne en passant par le thon jaune (ou albacore, utilisé dans les sushis), le thon listao et l’espadon.

Selon ces travaux, 80% du méthylmercure retrouvé chez les poissons provient d’eaux situées entre 50 et 600 mètres de profondeur. Produit par des bactéries marines, il se forme aussi en surface, mais y est rapidement dégradé sous l’action de la lumière. Et ce contrairement à l’idée jusqu’alors répandue, selon laquelle le méthylmercure ne se formait qu’en surface, en raison d’une plus grande présence bactérienne.

L’océan Pacifique semble particulièrement fragilisé par les rejets de mercure, en grande partie liés aux émissions industrielles des deux grandes puissances voisines que sont la Chine et l’Inde. Selon les chercheurs, la concentration dans les eaux comprises entre 200 et 1.000 mètres de profondeur pourrait doubler d’ici 2050 par rapport à 1995. Au-delà de la menace pour la faune marine, elle en constitue aussi une de taille pour la santé humaine, le Pacifique constituant la plus grande ressource de pêche au monde.

 



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