En mer, le réchauffement met les poissons à l’étroit

Le 05 juin 2015 par Romain Loury
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Les coraux remontent à la surface
Les coraux remontent à la surface

Dans les mers, poissons et invertébrés commencent à migrer vers les pôles du fait du réchauffement. S’ils y retrouvent des températures plus adaptées, la taille de leur habitat pourrait s’y restreindre, tandis que les interactions entre espèces seront chamboulées, montrent deux études publiées jeudi 4 juin dans Science.

En début de semaine, une grande étude internationale révélait l’effet désastreux qu’aurait le réchauffement climatique sur la biodiversité marine: -10% d’espèces à l’équateur, +300% dans les régions polaires. Forcées de trouver des températures qui leur conviennent, les espèces migrent progressivement en direction des pôles, effet déjà observé dans les eaux françaises (voir le JDLE).

Or les besoins des espèces marines ne dépendent pas que de la température. Tout aussi cruciaux, d’autres facteurs pourraient constituer des barrières infranchissables pour nombre d’entre elles. Exemple avec la lumière, dont les coraux ont besoin pour faire fonctionner les bactéries photosynthétiques avec lesquelles ils vivent en symbiose.

 

Quand les coraux remontent

Dans leur étude menée sur 104 espèces de coraux, Paul Muir, du Museum of Tropical Queensland (Townsville, Australie), et ses collègues montrent qu’à mesure que l’on s’éloigne de l’équateur, les récifs coralliens se rapprochent de la surface, à raison de 0,6 mètre par degré de latitude. En cause, le fait que le soleil devienne plus bas sur l’horizon: moins abondante, la lumière y est plus réfléchie par la surface de l’eau, et pénètre donc moins bien.

Or pour les coraux, cette capacité à s’éloigner de l’équateur, et donc à s’élever dans la colonne d’eau, pourrait avoir des limites. Organismes fragiles, les coraux ont en effet besoin d’eaux calmes, et sont très sensibles à leur environnement minéral. Se rapprocher de la surface pourrait donc les exposer au remous des vagues et des marées, mais aussi à une salinité qui ne leur convient guère.

Même phénomène pour les poissons et les invertébrés, mais avec un autre facteur, l’oxygène, comme le montrent Curtis Deutsch, de l’université de Washington (Seattle), et ses collègues. Lorsque l’eau devient plus chaude, l’oxygène est moins présent dans l’eau. Or les organismes vivants, particulièrement ceux à sang froid, ont le métabolisme qui s’accélère avec la température, et ont donc besoin de plus d’oxygène.

La fin du hiatus climatique
Toujours dans Science, une étude américaine met à mal l’idée de hiatus climatique, dont nombre de chercheurs s’escriment à trouver l’explication. Pain béni pour les climatosceptiques, il s’agirait en fait d’un artefact, lié à l’évolution des techniques de mesure. Le réchauffement n’aurait donc pas ralenti ces 15 dernières années, et continuerait sur la même lancée qu’à la fin du 20ème siècle. Le 21ème siècle comporte ainsi 14 des 15 années les plus chaudes jamais observées, et 2015 s’annonce déjà comme un grand cru.

Les poissons en manque d’oxygène

Résultat: de nombreuses espèces pourraient ne plus en avoir assez pour accomplir les tâches qui leur demandent de l’énergie, notamment la croissance, la chasse, la fuite ou la reproduction. Ils seront donc amenés à migrer pour retrouver des zones suffisamment oxygénées, notamment en s’éloignant de l’équateur.

Selon l’équipe, l’effet combiné de la désoxygénation et de la hausse de température pourrait fortement réduire l’index métabolique, à savoir l’écart entre l’oxygène présent dans l’eau et les quantités dont la faune marine a besoin.

Et pas qu’un peu: la baisse serait de 20% au niveau mondial, voire de 50% dans les eaux tempérées, ce qui réduirait d’autant la surface habitable des espèces marines. L’index métabolique connaîtrait certes une moindre diminution dans les eaux tropicales, mais l’oxygène y étant déjà rare, elles deviendraient tout simplement invivables pour de nombreuses espèces.

Qu’en résultera-t-il? Probablement un bouleversement des interactions entre espèces: éloignement de celles habituées à cohabiter, mise en contact de celles qui ne se côtoyaient pas. Les espèces polaires peuvent ainsi s’attendre à une nouvelle compétition avec les espèces immigrantes. Pour les prédateurs des eaux de surface, la remontée de nouvelles proies issues des profondeurs, à la recherche d’oxygène, pourrait être une bonne nouvelle. A moins que ces prédateurs n’aient eux-mêmes migré.



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