En Méditerranée, le merlu a toujours le mal de mer

Le 13 juin 2019 par Stéphanie Senet
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Dans le Golfe du Lion, le merlu est pêché à un niveau 12 fois supérieur à son rendement maximum durable
Dans le Golfe du Lion, le merlu est pêché à un niveau 12 fois supérieur à son rendement maximum durable

Dans le cadre du sommet de la CGPM[1], qui s’est tenu les 11 et 12 juin à Marrakech (Maroc), 16 pays ont renouvelé leur volonté de mettre fin à la surpêche en Méditerranée en 2030. Un engagement qui n’aura aucun effet sans restreindre efficacement l’effort de pêche, selon les ONG de défense des océans.



[1] Commission générale des pêches pour la Méditerranée des Nations unies

 

Sur le papier, les Etats pêcheurs sont tous d’accord. En Méditerranée, il faut revenir à une pêche respectueuse du rendement maximum durable (RMD) au plus tard en 2030. C’est l’engagement qu’ils avaient pris en 2017 dans le cadre de MedFosh4Ever et qu’ils ont réitéré le 12 juin à Marrakech. «Ils sont aussi très favorables à la formation des pêcheurs et à garantir des conditions de travail décentes dans le milieu. Mais la surpêche concerne toujours 90% des stocks, en particulier de rouget et de merlu», résume Stephane Beaucher, expert de la pêche pour le collectif MedReact[1].

Interdire ensemble sinon rien

Les mesures prises pour endiguer la surpêche ne fonctionnent pas. A commencer par la création d’une zone de restriction de pêche, il y a 10 ans, dans le Golfe du Lion. Située à une centaine de kilomètres de Marseille et de Barcelone, elle s’étend sur 2.000 kilomètres carrés dans une zone de reproduction et de nourrissage du merlu et vise à limiter l’effort de pêche des chalutiers. «Avec des captures de merlu 12 fois supérieures au RMD dans le Golfe du Lion, l’échec est total», observe Stephan Beaucher.

Dans une tribune publiée dans le JDLE, il rappelle qu’une interdiction totale de pêche s’est au contraire avérée efficace dans la fosse de Jabuka, en mer Adriatique, avec un triplement de la densité du merlu en seulement 18 mois (de 60 à 180 kilogramme par kilomètre carré). Loin des sommets officiels, le collectif MedReact vient d’engager des pourparlers avec les autorités et pêcheurs français et espagnols pour parvenir au même résultat, obtenu avec les acteurs italiens et croates dans la fosse de Jabuka.

Etendre le réseau des HHE

Même son de cloche pour l’ONG Oceana. Celle-ci reconnaît que la seule fermeture de pêche adoptée par la CGPM, dans la fosse de Jabuka, s’avère positive mais insuffisante. Oceana appelle les pays membres de la CGPM à étendre et à renforcer la protection du réseau des habitats halieutiques essentiels (HHE). «C’est la meilleure chance de rétablir la productivité des océans et leur résilience face au réchauffement climatique», estime Nicolas Fournier, responsable du plaidoyer européen de l’ONG.



[1] Regroupant les ONG de la Coalition Ocean 2012 en France, Italie, Espagne, Grèce et Chypre

 



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