En Méditerranée, la plupart des aires marines protégées ne le sont pas

Le 27 avril 2020 par Stéphanie Senet
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
ajouter à mes dossiersRéagir à cet article
La réserve naturelle de Banyuls, en France, est l'une des trop rares aires marines réellement protégées
La réserve naturelle de Banyuls, en France, est l'une des trop rares aires marines réellement protégées

Seulement 0,23% de la superficie du bassin méditerranéen est vraiment protégé, selon une étude publiée le 24 avril dans la revue One earth. Les efforts de conservation doivent être accentués par une meilleure réglementation.

Entre le papier et la réalité, l’écart est parfois abyssal. C’est ce que révèle cette étude basée sur les 1.062 aires marines protégées (AMP) du bassin méditerranéen. En théorie, elles couvrent 6% du bassin, ce qui est conforme à la moyenne mondiale qui s’élève à 6,9% des océans selon l’Union internationale de conservation de la nature (UICN) en 2017. En réalité, 0,23% seulement du bassin enregistre des effets bénéfiques de conservation. Pour parvenir à ce résultat, les chercheurs du CNRS et de l’institut royal des sciences naturelles de Belgique ont appliqué au bassin méditerranéen une classification élaborée en 2018, différenciant 5 types d’AMP dont les effets sur la biodiversité sont connus.

cinq catégories d’AMP

Les plus vertueuses sont les aires sous protection intégrale. Elles sont suivies par les aires sous protection haute où des activités sont autorisées à petite échelle, comme les bateaux de pêche n’utilisant que des engins à faible impact comme les casiers et les hameçons. Ensuite, les aires sous protection modérée n’affichent des bénéfices environnementaux que si elles sont associées à des zones intégrales. Enfin, les aires faiblement et non protégées ne produisent aucun effet supplémentaire à la biodiversité à l’intérieur de leur zone. «Ces dernières peuvent toutefois avoir un impact positif sur la communauté locale en favorisant par exemple le tourisme mais nous nous sommes focalisés sur les bénéfices écologiques», explique au JDLE Joachim Claudet, directeur de recherches au CNRS[1], et auteur principal de l’étude.

En France, l’écart est tout aussi vertigineux. Si 61,5% des zones marines et côtières sont couvertes par une AMP, seulement 0,11% font l’objet d’une protection efficace selon l’étude.

 

Réglementation absente

Résultat: les aires reconnues comme efficaces ne concernent, dans le bassin méditerranéen, que 3,42% de la surface couverte par 1.062 AMP. «Nous avons constaté un manque flagrant de réglementation dans 95% de la superficie des AMP», précise le chercheur français. Des «AMP de papier» dans le milieu de la conservation.

Une génération d’aires plus « light »

«Pour atteindre 10% d’AMP en 2020, qui est l’un des objectifs d’Aïchi, de nombreux pays ont mis en place, dans les années 2010, des aires plus light que celles qui existaient auparavant en pensant que ce serait plus facile. Or toute la littérature scientifique montre que les bénéfices environnementaux n’existent que dans les aires dites intégrales, où aucun prélèvement n’est autorisé pour la pêche, l’énergie ou les minerais», explique Joachim Claudet. Un objectif à double tranchant puisqu’il a quand même permis d’accélérer la protection du milieu marin. Mais la crainte des oppositions des usagers s’est révélée contre-productive pour les écosystèmes.

Efficaces pour les écosystèmes et les usagers

«Aujourd’hui, nous constatons que les aires qui sont défendues par les élus et les pêcheurs sont celles qui s’avèrent efficaces au plan écologique, comme la réserve naturelle de Banyuls, qui a obtenu le label Blue Parks, ou le parc marin de la Côté bleue, à l’ouest de Marseille», affirme le directeur de recherches. C’est pourquoi une mobilisation s’est créée pour faire reconnaître la classification des AMP, et les conditions de leur efficacité, au plan international. L’atlas des aires marines protégées la prend déjà en compte sur son site. Prochaine étape : une résolution est attendue avec impatience lors du congrès de l’UICN, reporté en janvier 2021 à Marseille. Ce qui offrirait une base scientifique solide au probable objectif français de 30% d’AMP en 2030, dont 10% en protection forte.

 

 

 



[1] Au laboratoire CRIOBE (Centre de recherche insulaire et observatoire de l’environnement)