En Inde, les victimes de l’uranium n’existent pas

Le 11 juillet 2014 par Romain Loury
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La Jharkhandi Organization Against Radiation
La Jharkhandi Organization Against Radiation
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Près des mines d’uranium du Jharkhand, au nord-est de l’Inde, des villages présentent de nombreux enfants atteints de sévères malformations. En cause, une protection quasi-inexistante vis-à-vis de la radioactivité ambiante, une forte présence en métaux lourds. La situation demeure ignorée des autorités, voire niée.

Ville de 19.500 habitants de l’Etat du Jharkhand, Jadugora se situe à proximité de mines exploitées depuis 1967 par l’entreprise publique Uranium Corp. Of India. Pour un pays qui se rêve en puissance nucléaire civile et militaire, l’endroit est pour le moins porteur: chaque année, la mine produit des centaines de milliers de tonnes de minerai d’uranium. Ce qui laisse assez peu de place aux états d’âme, comme le révèle l’enquête menée par l’agence de presse Bloomberg News.

Les journalistes font état de nombreux cas de sévères malformations physiques chez les enfants vivant à Jadugora et dans les villages environnants: membres déformés, colonne vertébrale tordue, incapacité à marcher, décès prématurés. Et ce à une fréquence que le doute n’est plus permis quant à l’origine du phénomène.

Entre Jadugora et la mine se trouvent des étangs d’une surface totale d’environ 78 hectares, où se retrouvent des déchets moyennement radioactifs. Bien que signalés par des pancartes «Passage interdit», rien n’empêche en réalité de s’y rendre. Ce que de nombreux villageois sont obligés de faire, par exemple afin de s’approvisionner en bois de chauffage. Traitée par Uranium Corp., l’eau de ces étangs est ensuite rejetée dans la rivière voisine, la Gara, où les riverains se baignent et pêchent.

Des métaux lourds, de la radioactivité

En 2008, la Jharkhandi Organization Against Radiation a fait analyser dix échantillons d’eau prélevés aux environs de Jadugora. Résultat: 7 d’entre eux présentaient du plomb et du mercure, métaux lourds utilisés pour l’extraction de l’uranium, à des niveaux dangereux pour l’homme. En juin dernier, les journalistes de Bloomberg News ont répété l’opération avec seulement deux échantillons. Bilan: un taux de radioactivité dépassant de 33% les normes fixées par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), mais rien de notable quant aux métaux lourds.

Avant même la question de la radioactivité et des métaux lourds, Uranium Corp. ne paraît pas percevoir le problème, ou feint tout simplement de ne pas le voir. Malgré les inquiétudes, ni la compagnie, ni aucune agence d’Etat n’ont à ce jour lancé d’étude épidémiologique qui permettrait de comprendre ce qui rend tant d’enfants malades.

Interpellé en février par la Haute cour de justice de Ranchi (capitale du Jharkhand), qui lui demandait quelles mesures de protection elle appliquait, Uranium Corp. a produit une étude ne montrant aucun cas de malformation physique parmi 4.557 habitants de 16 villages.

Parmi eux, trois villages où les reporters de Bloomberg News «ont facilement trouvé des enfants et des adultes souffrant de déformations», s’étonnent-ils. Pire, lors d’une entrevue avec le directeur médical de l’hôpital de Jadugora, qui appartient à Uranium Corp., celui-ci a affirmé qu’il n’avait jamais vu de cas de malformation dans les environs. Nier la réalité, pour ne pas en être désigné coupable.



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