Dans l'Himalaya, les glaciers fondent toujours plus vite

Le 20 juin 2019 par Romain Loury
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L'Himalaya, le "troisième pôle"
L'Himalaya, le "troisième pôle"

La fonte des glaciers himalayens s’accélère, révèle une étude publiée mercredi 19 juin dans la revue Science Advances. Depuis les années 1970, ils auraient déjà perdu le quart de leur masse, au risque d’assécher les grands fleuves asiatiques.

Surnommés le «troisième pôle», les glaciers de l’Himalaya sont cruciaux pour l’équilibre hydrologique régional. Lors de leur fonte, très partielle, au printemps, ils approvisionnent en eau des fleuves tels que l’Indus, le Gange, le Brahmapoutre, le Mékong, le fleuve Jaune et le fleuve Bleu, qui irriguent les régions les plus densément peuplées au monde.

fonte exceptionnelle

Or comme l’Antarctique et l’Arctique, où le Groenland accuse en ce début d’été une fonte exceptionnelle, le réchauffement fait peser une menace pressante sur ces glaciers. Pourtant, le rythme de leur déclin demeure peu connu: les travaux réalisés à leur sujet divergent, soit parce qu’ils portent sur des glaciers différents, soit en raison de périodes de référence différentes.

Joshua Maurer, du Lamont-Doherty Earth Observatory à l’université Columbia (Etat de New York), et ses collègues ont réussi à pallier ce problème, en recourant à un jeu de données satellitaires remontant à 1975. Et pas n’importe lesquelles: il s’agit d’images obtenues par des satellites espions états-uniens, récemment déclassifiées, et que les chercheurs sont parvenus à exploiter en les convertissant en 3D -ce qui leur permet d’évaluer le volume et l’épaisseur des glaciers.

Jusqu’à 5 mètres d’épaisseur par an

Comparant ces données à des images satellitaires récentes, les chercheurs montrent que le rythme de fonte a doublé depuis 2000. Sur la période 1975-2000, l’ensemble des 650 glaciers analysés, sur une section de 2.000 kilomètres allant de l’Inde à la Chine en passant par le Népal et le Bhoutan, présentait une fonte annuelle d’une épaisseur de 22 centimètres.

Entre 2000 et 2016, ils perdent 43 centimètres par an, soit 8 milliards de tonnes d’eau par an. L’effet est encore plus marqué à basse altitude: les glaciers les moins élevés perdent désormais jusqu’à 5 mètres d’épaisseur par an.

Avec une température moyenne en hausse de 1°C en 2000-2016 par rapport à 1975-2000, le réchauffement est, de loin, le principal coupable de cette fonte accélérée. D’autres facteurs pourraient toutefois entrer en jeu, reconnaissent les chercheurs. Notamment des changements de précipitations, en baisse dans certaines zones, mais aussi une pollution de l’air par les pays voisins: après s’être déposé sur les glaciers, le carbone suie entraîne une plus grande absorption d’énergie solaire, favorisant la fonte.

Lacs mortels. Le ruissellement printanier étant 60% plus fort qu’il ne le serait sans hausse de température, l’eau tend à s’accumuler rapidement en lacs instables, bloqués derrière des amoncellements rocheux. Au risque d’éboulements et d’inondations mortels sur les populations vivant en contrebas.


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