En Gironde, des enfants malades des pesticides?

Le 11 septembre 2015 par Romain Loury
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Le précédent de Villeneuve-de-Blaye
Le précédent de Villeneuve-de-Blaye
DR

Les enfants de Preignac, commune girondine à forte activité viticole, sont-ils malades des pesticides? Saisi fin 2012 par le maire, l’Institut de veille sanitaire (InVS) reconnaît l’existence d’un excès de cancers pédiatriques, mais s’avère incapable d’en déterminer l’origine.

C’est en décembre 2012 que le maire de Preignac, commune d’environ 2.000 habitants dont 54% de la surface est dédiée à la viticulture, écrit à l’agence régionale de santé (ARS) Aquitaine, faisant état de cancers chez des enfants fréquentant ou ayant fréquenté l’école, alors que celle-ci est située en bordure d’une parcelle de vignes.

Saisie par l’ARS, la cellule de l’InVS en région (Cire Aquitaine), lance aussitôt une enquête épidémiologique, à Preignac et dans les 9 communes voisines, menant pour cela une analyse du registre national des hémopathies malignes de l’enfant (RNHE) et du registre national des tumeurs solides de l'enfant (RNTSE).

Publiés début août, ses résultats révèlent, sur la seule commune de Preignac, 4 cas de cancers pédiatriques entre 1999 et 2012 (leucémies et tumeurs cérébrales), contre une moyenne nationale de 0,8. Soit un facteur 5, que l’InVS qualifie de «relativement faible»! Et tous les indicateurs, que ce soit à Preignac ou sur l’ensemble des 10 communes, révèlent un surplus de cas de cancers.

Un excès inexpliqué?

«Les méthodes épidémiologiques ne permettent pas de savoir si cet excès est lié à une fluctuation aléatoire des maladies (pouvant être compensée par un déficit dans les années à venir) ou si cet excès est véritablement lié à un facteur de risque environnemental commun. En outre, on constate que dès que l’on agrandit la zone d’étude aux autres communes limitrophes, l’excès de risque est moindre», commente l’InVS.

Selon les experts, il existe une exposition possible des enfants de l’école aux épandages de pesticides. «Sans que l’on puisse la quantifier », aucune mesure de la présence de pesticides dans l’air n’ayant jamais été menée dans la commune.

Toutefois, des analyses menées dans d’autres communes girondines démontrent l’existence d’une telle pollution, rappelle l’InVS. Et l’affaire n’est pas sans évoquer celle survenue en mai 2014, lorsque des enfants d’une école de Villeneuve-de-Blaye, toujours en Gironde, avaient subi une intoxication aigüe alors qu’un épandage de fongicides était en cours sur la vigne voisine.

Quelques mesures de prévention

Affichant la plus grande prudence dans ses conclusions, l’InVS estime qu’il n’est pas justifié de poursuivre les investigations, tout en demandant au maire de lui faire connaître tout nouveau cas de cancer pédiatrique. Il propose plusieurs mesures de prévention, dont la mise en place d’une haie ou d’une barrière, l’aération des salles de classe en dehors des périodes d’épandage, le nettoyage des jeux extérieurs pour enfants.

Et surtout, il s’agit de «reprendre la concertation avec l'exploitant agricole à l'origine des nuisances constatées près de l’école afin d'envisager une amélioration de ses équipements de pulvérisation, un aménagement de ses horaires de traitement (éviter les heures de fréquentation de la cour de récréation) et qu'a minima il prévienne les directrices de l'école avant tout traitement».

Contacté par le JDLE, Thomas Filliatre, premier adjoint au nouveau maire de Preignac (en fonction depuis avril 2014), affirme que le viticulteur n’a fait preuve d’aucune imprudence, indiquant qu’il traite ses vignes entre 6h et 6h30 du matin et que «ses carnets [de traitement] sont tenus à jour».

Une version qui contraste avec celle de l’ancien maire, Jean-Pierre Manceau, qui dans son courrier à l’ARS indiquait «n’avoir de cesse d’intervenir auprès des viticulteurs propriétaires (…) afin que soit proscrit tout sulfatage et autres traitements à l’aide de pesticides pendant des heures de récréation scolaire».

Avant même d’avoir eu connaissance de l’étude, la mairie avait le projet d’acheter la parcelle en question, pour des projets tels que l’agrandissement de la cour d’école, du cimetière ou de la construction d’un terrain de sport. «Les négociations continuent (…), cela va même accélérer les choses», ajoute Thomas Filliatre.

Un principe de précaution à géométrie variable

Très impliquée dans la lutte contre les pesticides, Marie-Lys Bibeyran, également girondine, s’insurge contre cette nouvelle affaire: «le principe de précaution ne s’applique que pour protéger le vignoble d’attaques parasitaires, contre lesquelles sont alors déployés insecticides et fongicides. Semant ainsi les prémices des cataclysmes qui frapperont quelques années plus tard les organismes humains exposés», écrit-elle dans une tribune sur le site Infomédocpesticides.

En France, l’application de pesticides est interdite dans les lieux accueillant des enfants (établissements scolaires, crèches, halte-garderie, etc.) ainsi que dans les hôpitaux, les maisons de retraite et autres établissements de soins. Quant à l’interdiction de traiter à moins de 50 mètres, elle ne s’applique qu’aux établissements de soins.

Pour les autres lieux sensibles, la loi d’avenir agricole prévoit la mise en place «de haies, d’équipements pour le traitement ou de dates et horaires de traitement permettant d'éviter la présence de personnes vulnérables lors du traitement». En cas d’impossibilité, les autorités peuvent fixer une distance minimale de traitement. Pendant le débat de la loi, début 2014, la possibilité d’une interdiction à proximité de toute habitation avait été soulevée, avant que le Sénat retire la mesure.



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus