En France, la biodiversité végétale aussi menacée

Le 25 janvier 2019 par Romain Loury
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Le panicaut vivipare, en danger critique d'extinction
Le panicaut vivipare, en danger critique d'extinction
Charlotte Dissez/CBN B

En France métropolitaine, 15% des espèces végétales sont menacées ou quasi-menacées d’extinction, révèle un nouveau chapitre de la Liste rouge des espèces menacées en France, dévoilé jeudi 24 janvier par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Pourtant, les végétaux bénéficient de moins d’attention que les animaux.

Avec 4.982 espèces analysées, ce bilan, fruit d’une collaboration de l’UICN, de la Fédération des conservatoires botaniques nationaux (FCBN), de l’Agence française pour la biodiversité (AFB) et du Muséum national d’histoire naturelle (MNHN), est le plus exhaustif jamais réalisé sur l’état de la flore française. Un précédent bilan, publié en 2011, n’avait porté que sur un millier d’espèces, parmi les 6.070 plantes vasculaires recensées en France métropolitaine, rappelle  Florian Kirchner, en charge du programme espèces de l’UICN.

Ce nouveau chapitre de la Liste rouge des espèces menacées en France révèle une situation tout aussi préoccupante que celle des animaux: 51 espèces en danger critique d’extinction, 132 en danger, 238 vulnérables, auxquels il faut ajouter 321 espèces quasi-menacées. Soit 15% d’espèces menacées ou quasi-menacées d’extinction[i].

Parmi elles, 97 espèces, menacées ou quasi-menacées, sont endémiques: leur disparition de France métropolitaine signifierait une extinction mondiale. Exemple, la violette de Cry, présente uniquement dans la vallée de l’Armançon (Yonne), observée pour la dernière fois en 1927. L’UICN recense par ailleurs 22 espèces disparues de France, mais encore présentes ailleurs.

Menacées de toutes parts

Principale menace, la destruction de l’habitat: «la disparition des zones humides, drainées et asséchées pour l’agriculture ou la construction de nouvelles zones urbaines, menace directement un certain nombre de plantes parmi lesquelles le panicaut vivipare (classé en danger critique) ou la salicaire faux-thésium (en danger). L’artificialisation des berges et la canalisation des cours d’eau ont également un impact sur la viabilité de nombreux habitats mettant en péril nombre d’espèces, à l’image du Séneçon des cours d’eau (en danger)», rappelle l’UICN.

Egalement en cause, l’intensification agricole -monoculture, abandon des jachères, emploi d’herbicides- menace les espèces messicoles (qui accompagnent les champs de céréales), dont la nigelle des champs (en danger critique) et la turgénie à larges feuilles (en danger). A l’inverse, l’abandon du pastoralisme fait régresser les espaces pâturés, menaçant notamment la spiranthe d’été et le bouleau nain, tous deux classés vulnérables.

Quant au réchauffement climatique, il force les espèces alpines à migrer en altitude, restreignant leur aire de répartition. «Diverses espèces subissent aussi la concurrence de plantes introduites devenues envahissantes», telle l’orcanette des sables, en compétition avec l’ailante et le robinier faux-acacia, rappelle l’UICN.

La région méditerranéenne plus fragile

La situation est-elle homogène dans les régions de France? «Les menaces sont certes omniprésentes, mais certaines régions en subissent plus que d’autres. Par exemple la région méditerranéenne dont la Corse, les zones littorales, désormais très fréquentées et urbanisées, ainsi que les milieux humides comme les tourbières. C’est aussi là qu’il y a le plus de diversité d’espèces», rappelle Florian Kirchner au JDLE.

Certes, plusieurs espèces, comme la saxifrage de Gizia et le panicaut vivipare font l’objet de plans nationaux d’action, et les conservatoires botaniques permettent de freiner ce recul. Mais globalement «les espèces végétales attirent moins l’attention, le niveau d’effort est moindre» que pour les animaux, en particulier les mammifères et les oiseaux, juge Florian Kirchner.

Pourtant, outre leur rôle de premier plan dans les écosystèmes, de nombreuses espèces pourraient être d’un grand intérêt pour l’homme: «alors que de nouvelles maladies apparaissent en permanence, les solutions seront probablement à chercher du côté des plantes», sources des médicaments de demain, rappelle Florian Kirchner.



[i] 1.088 espèces n’ont pas été analysées, soit parce qu’elles ont été récemment introduites (après 1500), comme la renouée orientale ou le jasmin d’Espagne, soit parce qu’elles ne sont observées que «de manière occasionnelle ou marginale», comme le millepertuis ondulé, explique l’UICN.

 



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