En Floride, des citoyens disent non au moustique GM

Le 23 décembre 2016 par Romain Loury
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Aedes aegypti
Aedes aegypti

Oxitec, société britannique de biotech, connaît quelques désagréments en Floride, où des habitants de l’île de Key Haven refusent un essai de son moustique transgénique. Et ce malgré le feu vert accordé début août par la Food and Drug Administration (FDA).

De l’espèce Aedes aegypti -vecteur de la dengue et du chikungunya-, le moustique développé par Oxitec, société basée près d’Oxford, a été modifié par insertion de deux gènes. Lorsqu’elle est fécondée par un mâle «OX513A» –seuls les mâles, qui ne piquent pas, seront relâchés-, une femelle sauvage donne naissance à une progéniture peu viable, avec pour effet une réduction de la population.

Après des expériences aux îles Caïman et en Malaisie –qui y a renoncé faute d’efficacité et en raison d’un coût élevé-, le Brésil est devenu en avril 2014 le premier pays à autoriser des lâchers de l’OX513A sur son territoire. A l’époque, il s’agissait de lutter contre le chikungunya -le pays a depuis été frappé par une épidémie de zika, maladie aussi transmise par Aedes aegypti.

La FDA désavouée

Les Etats-Unis ont également manifesté leur intérêt pour la technique: proches des Caraïbes, la Floride et ses îles (les Keys) ont en effet connu plusieurs cas de chikungunya et de zika. Début août, la FDA a même accordé son feu vert pour un premier essai à Key Haven, dans le comté de Monroe. Selon elle, il était «improbable» que l’utilisation de l’OX513A, expérimentale dans un premier temps, constitue un risque pour la santé humaine ou pour l’environnement.

Le couperet est tombé le 8 novembre, avec les résultats de deux référendums locaux –l’un auprès des habitants du comté de Monroe, l’autre restreint à Key Haven. Alors que les premiers se sont montrés à 58% favorables à l’expérience, deux tiers des résidents de Key Haven l’ont rejetée. Le 19 novembre, le conseil d’administration du Florida Keys Mosquito Control District (FKMCD, organisme en charge de la démoustication en Floride) sauvait le projet de justesse, à 3 voix contre 2.

Key Haven épargnée

Deux jours plus tard, le 21 novembre, plusieurs associations américaines opposées au projet, dont le Center for Food Safety et Friends of the Earth, ont demandé à la FDA d’y renoncer. Avec succès: l’agence leur a répondu que le FKMCD abandonnait le site de Key Haven, en raison de l’opposition des riverains, ont annoncé les associations le 7 décembre.

Désireuse de mener l’expérience, Oxitec se voit donc dans l’obligation de proposer un autre site, probablement dans le comté de Monroe. Pour cela, elle devra soumettre un nouveau dossier d’application auprès de la FDA, avec une évaluation d’impact environnemental spécifique à la zone concernée.

Bientôt une mouche GM

Mauvaise passe pour Oxitec aux Etats-Unis: le 7 novembre, le département américain à l’agriculture (USDA) a annoncé le retrait d’une autorisation d’une évaluation en champ pour un ver rose du cotonnier (Pectinophora gossypiela), prévue dans l’Etat de New York. En cause, le fait que l’USDA n’avait posté le rapport d’évaluation sanitaire que sur son site internet, pas sur le Federal Register comme la loi l’y oblige. Une autre demande est en cours de traitement.

Mais Oxitec a plus d’une bestiole dans son sac: le 12 décembre, elle a annoncé être prête à mener des essais en champ pour sa mouche méditerranéenne des fruits (Ceratitis capitata). Le mâle est génétiquement modifié de manière à ce que les femelles issues de sa progéniture décèdent avant le stade adulte.

De premiers essais confinés

Comme son nom l’indique, cette mouche s’en prend à 250 espèces de fruits, de fruits à coque et de légumes: il est retrouvé dans la région méditerranéenne et en Afrique, mais a aussi envahi l’Australie, l’Amérique du Nord et l’Amérique du Sud.

La mouche d’Oxitec a été testée avec succès en Crète, au Maroc et en Australie, sous serre ainsi que dans des zones sous filet. Dans ce dernier pays, les derniers essais ont révélé une plus grande efficacité que les mouches obtenues par la Technique de l’insecte stérile (TIS), qui stérilise les mâles par irradiation.

Des mouches méditerranéennes des fruits obtenues par la TIS sont actuellement utilisées, notamment au Mexique, avec succès. Des moustiques Aedes albopictus («moustique tigre») traités par la TIS sont en cours d’évaluation sur l’île de la Réunion, par des chercheurs de l’Institut de recherche pour le développement (IRD), pour lutter contre le chikungunya.



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