En Europe, la mobilité hydrogène à la traîne

Le 13 février 2020 par Victor Miget
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
ajouter à mes dossiersRéagir à cet article
En France, les principaux véhicules en circulation sont les taxis Hype disséminés dans la capitale.
En France, les principaux véhicules en circulation sont les taxis Hype disséminés dans la capitale.
VLDT

Avec un peu plus de 500 immatriculations individuelles enregistrées en 2019, les ventes de voitures à hydrogène ne décollent pas en Europe. Ailleurs, c’est une autre histoire.   

 

La voiture électrique a enregistré une année record en 2019 sur le vieux continent. Elle est loin, très loin devant sa cousine à hydrogène. Selon des données de l’Association des constructeurs automobiles européens (ACEA), que H2 Mobile a pu consulter, 526 voitures à pile à combustible ont été immatriculées en Europe l’année dernière. Une molécule d’eau, dans l’océan des 15,6 millions de voiture particulière enregistrées cette même année. Maigre consolation : cela représente une hausse de 64 % par rapport à 2018. Tout de même.

C’est l’Allemagne qui se place en tête avec 210 unités. Logique, puisque c’est outre-rhin que l’on compte le plus d’infrastructures de recharge (80 stations – 100 d’ici la fin de l’année et 400 en 2023). Les Pays-Bas enregistrent une impressionnante progression et passe de 13 voitures en 2018 à 156 en 2019. Vient ensuite le Royaume-Uni, avec 68 immatriculations. La France ? Zéro pointé.

MANQUE D’INVESTISSEMENTS COMMUNAUTAIRES

Mais qu’est ce qui flanche ? « Il est nécessaire de s’associer au niveau communautaire, pour changer d’échelle et donc baisser les coûts et permettre le développement des projets des différents territoires. Pour y parvenir il ne faut pas faire qu’un Airbus de l’hydrogène, comme avec les batteries pour véhicules électriques. Mais il faut faire des Airbus de l’hydrogène. Un pour les bus, un pour les voitures, un pour les bateaux, pour les camions etc. », nous expliquait Phillipe Boucly, président de L’Association française pour l’hydrogène et les piles à combustible (AFHYPAC).

A défaut d’investir à l’échelle communautaire, reste le national. La France compte environ 400 véhicules à hydrogène. Et sur le papier l’hexagone veut faire plus. La programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) donne une feuille de route de 500 véhicules légers, 200 véhicules lourds, 100 stations d’ici 2023. Et de 20 à 50.000 véhicules légers, 800 à 2.000 véhicules lourds et 400 à 1.000 stations en 2028.

Mais le soutien financier alloué à la filière hydrogène a été porté à 50 M€/an (contre 100 M€ sur la période 2019-2023 dans la version précédente). A cela s’ajouteront d’autres soutiens, comme ceux de l’Ademe. Trop peu pour l'Afhypac, qui avance que pour réaliser le plan Hulot dans sa première phase (2019-2023), il faudrait investir environ 2 milliards d’euros. On en est loin. L’Allemagne a elle aussi présenté un plan hydrogène de 100 millions d’euros par an. Il financera vingt consortiums développant des technologies hydrogène.

FORCE DE FRAPPE

Dans le monde, 7.500 voitures à hydrogène ont été écoulées. C’est peu. Mais force est de constater que, si dynamique hydrogène il y a, elle n’est pas en Europe. Mais plutôt en Asie. En tête, la Corée du Sud, ou en 2019 les ventes avoisinent les 5.000 unités, contre 900 en 2018. La différence avec l’Europe ? La planche à billets qui tourne à plein régime pour financer les infrastructures.

Le ministère du Commerce, de l’Industrie et de l’Energie de Corée du Sud table sur 1,8 million de véhicules à hydrogène sur les routes d’ici à 2030. 34 stations de recharge ont été construites en 2019, contre 14 l’année précédente. Le pays du matin calme ambitionne d’en exploiter 1.200 en 2040. 1,8 Md€ vont être investis et pour la seule année 2020, environ 300 millions d’euros ont été débloqués pour les véhicules à pile à combustible et leurs stations.

Le Japon aussi tend les bras à la fameuse molécule en même temps qu’elle tourne le dos au nucléaire. La feuille de route stratégique du gouvernement fixe comme objectifs, 160 stations et 40.000 véhicules d’ici 2020, et 320 stations et 200.000 véhicules d’ici 2025. Dans son projet de budget 2020, le gouvernement japonais prévoit environ 600 millions d’euros pour son plan hydrogène.

La Chine quant à elle s’est lancée dans un vaste programme de mobilité hydrogène en en faisant une priorité nationale. L’ambition : atteindre les 50.000 véhicules en 2025 et un million en 2030. A ce jour, l’Empire du milieu a déjà investi plus de 10 milliards d’euros dans la pile à combustible. Il devrait mettre en place des politiques d’incitation pour accélérer son développement, comme il l’a fait avec la voiture électrique. De l’autre côté de l’océan Pacifique, Les Etats-Unis comptent environ 7.000 véhicules et 42 stations. Le pays veut tendre vers les 40.000 véhicules d’ici 2022 et les 200 stations à horizon 2025.