En Corse, la bilharziose sévit toujours

Le 08 avril 2019 par Romain Loury
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La rivière Cavu
La rivière Cavu
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En Corse-du-Sud, la transmission de la bilharziose urogénitale, maladie réémergente, se poursuit à partir de la rivière Cavu. Dans un avis publié vendredi 5 avril, le Haut conseil de la santé publique (HCSP) juge toutefois son éradication possible, en l’absence d’un cycle animal prouvé.

En juin 2014, le HCSP révélait la survenue de cas de bilharziose urogénitale, également appelée schistosomiase, chez des personnes s’étant baigné entre 2011 et 2013 dans la rivière Cavu, en Corse-du-Sud. Au terme d’une campagne de dépistage lancée par le ministère de la santé, 106 personnes, dont 71% de touristes, s’étaient avérées infectées.

Or cette maladie, la deuxième parasitaire la plus fréquente après le paludisme, avait fait ses derniers cas européens au cours des années 1960 au Portugal, et était depuis restreinte aux pays du Sud. Si la question de son introduction en Corse demeure mystérieuse, une analyse génétique a montré qu’il s’agissait d’une souche hybride Schistosoma bovis/Schistosoma haematobium d’origine sénégalaise.

Une maladie d’eau douce

Comme de nombreux parasites, celui-ci dispose d’un cycle de vie complexe. Présentes dans l’eau douce stagnante, ses formes immatures, appelées furcocercaires, pénètrent rapidement dans le corps humain par un contact, même bref, avec la peau. Après différenciation en adulte, la femelle va pondre ses œufs dans la paroi de la vessie, dont ils vont être excrétés par voie urinaire.

De retour dans l’eau douce, les œufs éclosent pour donner naissance à une larve qui trouve refuge chez un hôte intermédiaire, en l’occurrence de petits escargots aquatiques, les bulins. Ils vont s’y multiplier, ne le quittant que sous la forme de furcocercaires prêts à infecter de nouveaux baigneurs.

Or le bulin que préfère S. haematobium, Bulinus truncatus, se trouve être présent non seulement en Afrique et au Moyen-Orient, mais aussi au Portugal, en Espagne, en Sardaigne et en Corse. Dans cette dernière, on le trouve dans quatre rivières, à savoir le Cavu, la Solenzara, l’Osu et le Tarcu.

La transmission se poursuit

Dans un avis publié vendredi 5 avril, le HCSP indique que dix nouveaux cas, probables ou confirmés, sont survenus chez des personnes s’étant baignés dans le Cavu –peut-être aussi un dans la Solenzara. Si le dernier cas a été rapporté «mi-février 2018», le Haut conseil n’exclut pas que d’autres infections aient eu lieu pendant l’été 2018, «au vu du caractère longtemps asymptomatique de la maladie».

Comment expliquer la persistance de ces transmissions? Deux hypothèses ont la faveur des experts. Selon la première, «une même source (faite d'une ou plusieurs personnes), non identifiée à ce jour, serait responsable d’une pauci-infestation [infestation à bas niveau] du milieu». «Le réensemencement surviendrait non pas lors du flux touristique estival (3000 à 5000 visiteurs par jour) mais plus probablement par une (plusieurs) personne(s), locale(s) ou étrangère(s) à la région, fréquentant la rivière en fin de printemps - début d’été», ajoute le HCSP.

Pas de cycle animal démontré

Autre possibilité, le cycle de vie du parasite «serait entretenu à bas bruit à partir d’une source animale, dans lequel l’homme serait impliqué, lorsque les populations de bulins deviennent trop importantes du fait de facteurs environnementaux, par exemple un débit insuffisant de la rivière».

Or toutes les analyses menées sur ces escargots d’eau douce se sont à ce jour révélées négatives, bien que «4.000 à 5.000 bulins [aient] été prélevés annuellement, puis analysés depuis 2015». Et d’autres réservoirs animaux semblent pour l’instant exclus: aucun bovin ou caprin paissant à proximité du Cavu n’a été détecté positif. Si deux rats infectés (sur 34 analysés) ont été découverts, «l’analyse anatomopathologique ne permet pas de conclure que ces animaux sont capables d’assurer la pérennité du cycle parasitaire», explique le HCSP.

Une éradication «réaliste», et souhaitable

En l’absence d’un cycle animal démontré à ce jour, la piste d’un réensemencement régulier par l’homme semble donc la plus probable – ce qui suggère qu’il serait possible d’éliminer la maladie en dépistant les bonnes personnes.

«L’objectif d’éradication est réaliste et doit être poursuivi», juge dès lors le Haut conseil. D’autant que les enjeux, sanitaires et économiques, sont importants, et que la maladie pourrait s’étendre à «plusieurs rivières de Corse et à plusieurs régions du pourtour méditerranéen».

Pour cela, le HCSP propose de poursuivre l’information et la communication vis-à-vis de la population locale et des touristes, leur enjoignant notamment de ne pas uriner dans le Cavu, et de poursuivre le dépistage. Et ce en mettant notamment l’accent sur les personnes présentant des symptômes, ayant séjourné dans un pays endémique  ou travaillant sur les rives du Cavu ou de la Solenzara pendant la période à risque (mai à septembre).



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