En Charente-Maritime, la patate chaude d’une centrale d’enrobés

Le 30 mars 2015 par Romain Loury
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Une centrale d'enrobés discontinue
Une centrale d'enrobés discontinue
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Un projet de centrale d’enrobés fait rugir les habitants de Montpellier-de-Médillan (Charente-Maritime), qui craignent pour la qualité de l’air et de l’eau. Parmi les origines de leur colère, le fait que le même projet avait fait l’objet d’un avis négatif, en 2014, à une quinzaine de km de là, sur la commune de Tanzac.

Spécialisé dans les travaux de voirie, la société ETATP Picoulet Michel, basée à Montpellier-de-Médillan (637 habitants), recourt pour l’instant à un fournisseur d’enrobés concurrent. Afin d’accroître sa compétitivité par rapport aux grands groupes, cette petite entreprise, d’une dizaine de salariés, souhaite disposer de sa propre production. A priori banale, la démarche s’est transformée en guerre de tranchées.

Contrairement à la centrale d’enrobés de Saint-Rogatien, également en Charente-Maritime, dont les riverains se disent fortement incommodés et lui imputent plusieurs cas de maladies graves, celle projetée à Montpellier-de-Médillan est de type discontinu. Le matériau ne sera pas stocké, et ne sera produit qu’à la demande. Si l’autorisation porte sur une production maximale de 80.000 tonnes, volume sur lequel s’appuient les analyses de risques, l’entrepreneur évoque plutôt entre 10.000 et 20.000 tonnes. L’exploitation ne devrait avoir lieu que 4 à 5 semaines par an.

Initialement prévu sur la commune de Tanzac, qui compte 311 habitants, le projet y a suscité une efficace levée de boucliers. Après une forte mobilisation d’un collectif, il a fait l’objet, en 2014, d’un avis négatif du commissaire enquêteur nommé par le tribunal administratif de Poitiers, forçant l’entrepreneur à retirer son projet.

Le rapport évoquait notamment des craintes pour la santé des habitants, du fait des poussières et autres polluants dégagés dans l’air, ainsi que pour la nappe phréatique, sans assurance qu’elle ne soit pas atteinte par des infiltrations polluées.

Avis positif pour la carrière

Or le projet a rebondi fin 2014 à Montpellier-de-Médillan, où habite l’entrepreneur Michel Picoulet. La centrale d’enrobés y sera la même: à la différence de Tanzac, où il s’agissait d’un terrain plat, elle sera installée au fond d’une carrière, déjà exploitée par l’entreprise. Et cette fois-ci, un autre commissaire enquêteur, toujours missionné par le tribunal administratif de Poitiers, a rendu un avis favorable.

A la différence du dossier tanzacais, celui de Montpellier-de-Médillan disposait enfin de mesures de qualité de l’air, à la sortie de la cheminée. Bilan: toutes les mesures se situent en-dessous des normes en vigueur, et les habitations les plus proches sont à 400 mètres.

«Sachant que les nuisances des gaz toxiques sont comparables à ceux de l'amiante, ils se font sentir à long terme de manière ‘probable’ comme le signale le CIRC de l'OMS [1]. Mais les odeurs, le bruit, la poussière, la perte de la valeur immobilière sont bien des conséquences à très court terme...», juge une source montpelliéraine, qui souhaite conserver l’anonymat.

Quant aux craintes pour la qualité de l’eau, le rapport du commissaire enquêteur indique que le captage du Grand Fond, dans la nappe souterraine, dispose de périmètres de sécurité dont le plus proche est à 400 mètres au nord du projet.

«Cette nappe captive n’est pas vulnérable vis-à-vis des pollutions de surface», ajoute l’expert. Celui-ci appelle toutefois l’entreprise à revoir à la hausse sa capacité de rétention des eaux de ruissellement, «le risque de débordement ne [pouvant] être exclu sans intervention immédiate en période critique».

Sur conseil de la préfecture

Interrogé quant au rejet du projet à Tanzac, Michel Picoulet regrette le «tapage», l’«ignorance» et les «pressions sur le maire», initialement favorable au dossier. Si le projet a été relocalisé à Montpellier-de-Médillan, c’est sur suggestion de la préfecture, reconnaît-il. Un présage plutôt favorable, celle-ci étant, en dernier lieu, celle qui doit se prononcer sur le dossier!

«L’entrepreneur connaît beaucoup plus de monde [à Montpellier-de-Médillan], c’était plus facile pour lui là-bas», reconnait Pierrette Petit, présidente du collectif «Riverains tanzacais». Interrogée par le JDLE, la source montpelliéraine évoque la crainte qu’auraient les habitants de cette petite commune de s’exprimer ouvertement. Certains évoquent même l’«agressivité» des ouvriers et de leur employeur, un climat exacerbé par le retrait du dossier à Tanzac.

Malgré la mobilisation des Montpelliérains contre le projet, dont une pétition sur internet, le projet, doté d’un avis positif d’un commissaire enquêteur, a donc toutes les chances d’aboutir. Peut-être la mobilisation a-t-elle été un peu tardive, juge Pierrette Petit.

Entre avril 2013 et avril 2014, la centrale a fonctionné de manière temporaire à Montpellier-de-Médillan, dans un autre site que celui actuellement prévu, et «personne ne s’en est plaint», indique-t-elle. Ce n’est donc qu’après le rejet de Tanzac que les Montpelliérains se seraient inquiétés de la situation.

Le commissaire enquêteur à l’origine du rapport de Montpellier-de-Médillan indique qu’«aucune plainte des riverains et du public en général n’à été enregistrée pour des nuisances occasionnées par le fonctionnement de cette installation». Une affirmation contredite par la source montpelliéraine, qui évoque quant à elle l’existence de plaintes.

L’une des craintes des riverains, aussi bien à Tanzac qu’à Montpellier-de-Médillan, a trait aux terres agricoles, notamment à l’éventuel risque sanitaire pour les travailleurs. Une crainte balayée par Michel Picoulet, qui évoque l’usage intensif de pesticides dans les vignes situées aux alentours, selon lui bien plus dangereux que les émanations de sa centrale.



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