En Californie, une hécatombe marine sans précédent

Le 04 juin 2015 par Romain Loury
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L'oursin pourpre
L'oursin pourpre
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En hausse depuis plusieurs décennies dans le monde animal, les épisodes de mortalité de masse demeurent assez peu connus des chercheurs. Publiée dans la revue PLoS ONE, une étude américaine menée sur les invertébrés marins du littoral californien révèle à quel point ils peuvent être rapides et catastrophiques.

Il n’aura fallu que trois jours. Du 28 au 30 août 2011, les aquariums californiens du Bodega Marine Laboratory, alimentés par de l’eau de mer, ont été décimés de leurs invertébrés: 100% de mortalité chez les oursins pourpres (Strongylocentrotus purpuratus), 99% chez les étoiles de mer à six bras (Leptasterias spp.).

Or la même semaine, les plages du nord de la Californie se couvraient de cadavres d’invertébrés. Rien à voir avec le syndrome du dépérissement de l’étoile de mer, bien plus progressif, et qui ne sévit dans les mêmes eaux que depuis juin 2013.

S’attelant au problème, une équipe de chercheurs de cet aquarium a découvert que la quasi-totalité des étoiles de mer à six bras et des oursins pourpres avaient disparu sur 100 km de côte au nord de San Francisco, et ce en moins d’une semaine.

Pour les oursins, ils n’ont ainsi retrouvé qu’une dizaine d’individus sur les sites analysés, là où on en trouvait aisément des millions avant la catastrophe, soit 99,99% de mortalité en quelques jours. En dehors de cette frange de 100 km, les deux espèces avaient été épargnées.

Une efflorescence algale foudroyante

Comment expliquer une telle hécatombe, unique par sa rapidité et son ampleur géographique? Selon les chercheurs, elle serait le fait d’une efflorescence algale («algal bloom» en anglais), avec la prolifération d’un phytoplancton toxique pour certains invertébrés marins. Le genre d’évènement voué à devenir plus fréquent avec le réchauffement climatique, l’acidification des océans et les rejets de nutriments azotés dans la mer.

Récemment, cette zone côtière semble de nouveau se repeupler d’oursins et d’étoiles de mer, mais à un rythme si lent qu’il faudra probablement plusieurs décennies pour revenir à la situation initiale, estiment les chercheurs. D’ici là, leur disparition pourrait affecter bien d’autres animaux, dont les oiseaux marins qui se nourrissent de ces invertébrés.

«Personne ne peut se douter que ces étoiles de mer ont un jour peuplé cette côte, bien qu’elle ait été au cœur de leur zone de répartition. Si une espèce disparaît d’un endroit sans que cela soit documenté, il est fort possible que l’on ne sache jamais qu’elle y ait existé», commente Laura Jurgens, co-auteure de l’étude. Selon les chercheurs, le phénomène serait d’ailleurs passé inaperçu si leurs aquariums n’avaient pas été touchés.

Un phénomène en hausse

Telle est la raison pour laquelle les épisodes de mortalité de masse demeurent étonnamment peu connus, du fait qu’ils sont plus ponctuels et plus localisés que l’érosion mondiale de la biodiversité, plus facilement analysable. Et ils touchent plus fréquemment des espèces bien moins voyantes que les grands mammifères africains.

Lors d’une étude publiée en janvier, une autre équipe californienne avait montré que ces évènements étaient plus fréquents depuis les années 1940, particulièrement chez les oiseaux, les poissons et les invertébrés. Leur nombre est en revanche stable chez les mammifères, et même en baisse chez les reptiles et les amphibiens. Ce qui ne signifie pas que ces derniers ne soient pas aussi menacés par la dégradation de leur environnement, loin de là.

Pour l’ensemble des animaux, la mortalité de masse serait avant tout liée aux maladies, suivies par les causes climatiques (température, stress thermique, manque d’oxygène dans l’eau, pénurie alimentaire), les contaminations humaines de l’environnement, puis la biotoxicité, notamment celle des algues.



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