En Californie, une grenouille défie l’extinction

Le 11 octobre 2016 par Romain Loury
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Rana sierrae plus confiante dans l'avenir
Rana sierrae plus confiante dans l'avenir

Vouée à une lente disparition, la grenouille à pattes jaunes de la Sierra Nevada (Rana sierrae), en Californie, connaît depuis 20 ans un retour rapide, selon une étude publiée lundi 10 octobre dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (Pnas). En cause, une possible résistance acquise au champignon Batrachochytrium dendrobatidis, qui décime les amphibiens à travers le monde.

Plus que tout autre vertébré, les amphibiens sont en première ligne face à la sixième extinction de masse qui touche la biodiversité: selon l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), 32% des espèces mondiales seraient en voie d’extinction ou déjà disparues (23% en Europe), et 42% seraient en déclin (59% en Europe).

Les causes sont nombreuses: perte de l’habitat (dont l’assèchement des zones humides), pesticides, changement climatique et pathogènes. Parmi ces derniers, le fameux champignon Batrachochytrium dendrobatidis, observé pour la première fois en 1998 en Australie et en Amérique centrale, mais qui pourrait sévir depuis bien plus longtemps dans diverses parties du globe.

La miraculée de la Sierra Nevada

Exemple type, la grenouille à pattes jaunes de la Sierra Nevada, que l’on trouve notamment dans le parc national de Yosemite en Californie. Son calvaire a débuté au début du XXème siècle, avec l’introduction de diverses espèces de truites destinées à la pêche, dans les mares et lacs qu’elle occupe –naturellement dénués de poisson. La situation s’est aggravée dans les années 1970, époque probable d’apparition du Batrachochytrium dendrobatidis dans la Sierra Nevada.

Bref, la survie de Rana sierrae était bien mal engagée. Or contre toute attente, l’espèce a connu un retour fulgurant ces 20 dernières années, comme le révèle l’étude publiée lundi par Roland Knapp, spécialiste de biologie aquatique à l’université de Californie à Mammoth Lakes, et ses collègues.

Selon près de 7.700 comptages effectués entre 1993 et 2012 sur les 483 populations recensées dans le parc de Yosemite, l’espèce a vu ses effectifs multiplié par 7 en 20 ans, pour une croissance annuelle moyenne de 11% (et même 25,5% pour les têtards), et ce sur la très grande majorité des points d’eau.

Une résistance au champignon

Comment expliquer ce retour? Peut-être par l’interdiction, en 1991, de l’introduction de truites dans le parc national de Yosemite. Dans les 20 points d’eau dont ces poissons ont disparu, faute d’avoir établi des populations autosuffisantes, on observe un net retour de la grenouille à pattes jaunes.

Mais là n’est pas l’essentiel: selon les chercheurs, qui le démontrent par des expériences en laboratoire, les grenouilles auraient développé une résistance face au Batrachochytrium dendrobatidis, qui continue pourtant à circuler, peut-être par sélection naturelle. Un phénomène déjà observé en Australie, où la grenouille Mixophyes fleayi a aussi connu une nette remontée après un déclin engendré par le champignon tueur.

Certes, il ne s’agit là que d’observations ponctuelles, sur une toile de fond qui prête peu à l’optimisme. Elles montrent toutefois que «le déclin des amphibiens pourrait être en partie réversible à l’échelle régionale», dans des habitats bien préservés et avec des mesures de gestion adaptées, commentent les chercheurs. «D’autres études menées sur de plus grandes échelles de temps et d’espace permettront d’en savoir plus sur le potentiel de récupération des amphibiens au niveau mondial», concluent-ils.



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