En Autriche, étrange coalition politique contre le glyphosate

Le 13 juin 2019 par Romain Loury
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L'Autriche, première puissance bio de l'UE
L'Autriche, première puissance bio de l'UE

L’Autriche pourrait devenir le premier européen à interdire l’usage du glyphosate. Cette mesure, proposée par le parti social-démocrate (SP?), est soutenue par le parti de la liberté d’Autriche (FP?, extrême droite). Elle devrait être soumise au vote du Conseil national début juillet.

 

Après un long bras de fer entre ses 28 Etats membres, la Commission européenne a opté, en novembre 2017, pour un renouvellement d’autorisation du glyphosate de cinq ans. Or certains pays pourraient ne pas attendre aussi longtemps. Parmi eux, l’Autriche, premier pays européen pour le bio, qui couvre près de 25% de sa surface agricole -contre 7,5% en France.

Le FP? à la rescousse du SP?

Deuxième parti au Conseil national (chambre basse du Parlement autrichien) derrière le parti populaire, le parti social-démocrate (SP?) prévoit de déposer une motion d’interdiction de l’herbicide, le plus vendu au monde. Le FP?, troisième parti, lui a d’ores et déjà apporté son soutien, ce qui devrait assurer au texte une majorité de voix: à eux deux, le SP? et le FP? comptent 103 membres au Conseil national, sur 183.

Parmi les opposants notoires à l’interdiction figurent le premier parti du Conseil national, l’?VP (61 membres, droite), mais aussi le parti NEOS (10 membres, libéraux). Lors de sa campagne pour les élections européennes, Othmar Karas, tête de liste ?VP, avait rappelé son opposition à une interdiction totale du glyphosate.

Une période de transition

Cette éventuelle interdiction devrait être inscrite dans la loi autrichienne régulant l’usage des pesticides, datant de 2011. Si elle était adoptée, ce qui constituerait une première dans l’Union européenne[i], nul ne sait quand elle prendrait effet: selon Norbert Hofer, président du FP?, des discussions sont en cours afin de définir une période de transition vers des méthodes alternatives.

En France, Emmanuel Macron a promis une sortie du glyphosate d’ici à trois ans (pour 2021), tout en se refusant à l’interdire par la loi –au grand dam des associations. Mi-février, il a toutefois annoncé, lors d’une rencontre avec des syndicats agricoles, un engagement sur une sortie du glyphosate pour 85% des usages, en continuant à travailler sur les 15% restants (agriculture de conservation, fruits et légumes en plein champ, vignobles en pente).



[i] Mais pas dans le monde: le Sri Lanka a interdit le glyphosate en 2015, face à une épidémie d’insuffisances rénales chez des agriculteurs, dont des études ont suggéré qu’elle pourrait être liée au glyphosate. Le pays a finalement assoupli cette mesure, permettant, depuis mai 2018, de l’utiliser de nouveau dans les plantations d’hévéa et de thé.

 



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