En Afrique, les rivières victimes de la lutte anti-palu

Le 08 février 2018 par Romain Loury
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150 millions de moustiquaires distribuées par an
150 millions de moustiquaires distribuées par an
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Distribuées en masse dans les pays en développement, les moustiquaires traitées aux insecticides y finissent souvent utilisées comme filets de pêche, révèle une étude britannique publiée dans la revue PLoS ONE. Un risque émergent pour l’environnement et pour la santé humaine.

 

C’est un succès majeur de la santé publique: entre 2000 et 2015, l’incidence de paludisme a chuté de 37% dans le monde, en grande partie grâce à la distribution dans les pays touchés de moustiquaires traitées aux insecticides. Avec environ 150 millions de moustiquaires fournies par an, on estime que 49% de la population exposée dans le monde en dispose, contre 2% en 2004.

Or ce progrès pourrait avoir un contrecoup majeur pour l’environnement: ces moustiquaires, le plus souvent traitées à la perméthrine, sont très souvent détournées pour servir de filets de pêche, un usage pour lequel ils s’avèrent très efficaces. Dans une étude publiée dans PLoS ONE, la première menée à ce sujet, Rebecca Short, biologiste à l’Imperial College de Londres et ses collègues révèlent l’ampleur du phénomène.

Afrique, Asie, Amérique latine

Les chercheurs ont mis en ligne un questionnaire, auxquels ont répondu 113 personnes travaillant dans l’environnement, la santé publique et les pêcheries. Bilan: cet usage détourné a été observé dans 26 pays, pour la plupart en Afrique (où sont distribués la plupart des moustiquaires), mais aussi aux Philippines, en Papouasie-Nouvelle Guinée, au Népal, au Honduras, en Equateur et à Samoa. Et ce aussi bien en mer que dans les rivières, à pied ou en bateau, et particulièrement par des pêcheurs inexpérimentés, qui obtiennent de meilleurs résultats avec des moustiquaires que des filets classiques.

Des filets qui ramassent tout

Le risque majeur réside dans la trop grande efficacité de ces filets improvisés: d’une maille de 3 millimètres, ils ramassent tout, y compris les poissons juvéniles, au risque d’empêcher le renouvellement des populations. Les chercheurs font d’ailleurs état de vives tensions avec les pêcheurs traditionnels, qui voient d’un mauvais œil l’arrivée de concurrents qui ramassent plus à moindre frais.

Contamination des aliments et de la rivière

Autre risque, celui d’ordre sanitaire: d’une part parce que le produit de la pêche se trouve imprégné de perméthrine, un produit toxique; d’autre part parce que la contamination des rivières par de faibles doses de cet insecticide pourrait favoriser la résistance chez les moustiques, dont les larves vivent en milieu aquatique, au risque de raviver l’épidémie de paludisme.



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