En Afrique, les pesticides favorisent une maladie parasitaire

Le 06 mars 2020 par Romain Loury
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Le Schistosoma, un ver trématode
Le Schistosoma, un ver trématode
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Outre leurs effets directs sur la santé humaine, les pesticides peuvent aussi nuire de manière indirecte, en modifiant l’équilibre écologique des milieux naturels. Dans une étude publiée dans Scientific Reports, une équipe allemande offre l’exemple kenyan de la schistosomiase, maladie parasitaire, dont les hôtes animaux, des escargots d’eau douce, prolifèrent grâce à cette pollution chimique.

Deuxième maladie parasitaire la plus fréquente dans le monde après le paludisme, la schistosomiase, ou bilharziose urogénitale, se contracte par contact avec l’eau douce. Présente surtout en Afrique, où sont recensés 80% des cas mondiaux, elle a récemment fait son retour en Europe, en l’occurrence dans une rivière de Corse-du-Sud, le Cavu.

Le parasite, dont il existe cinq espèces du genre Schistosoma responsables de la maladie chez l’homme, suit un cycle de vie complexe: les larves sont hébergées par les bulins, des escargots d’eau douce, avant de rejoindre le milieu extérieur sous forme (immature) de furcocercaire. Après infection de l’homme par simple contact cutané, la femelle trouve refuge dans la paroi de la vessie, y pondant des œufs prêts à rejoindre le milieu naturel.

Les bulins peu sensibles aux pesticides

Or une étude menée par l’équipe de Matthias Liess, du Centre Helmholtz de recherche environnementale à Leipzig, révèle que la pollution des cours d’eau par les pesticides pourrait fortement accroître le risque de transmission de la maladie.

Selon des expériences menées au laboratoire, les escargots aquatiques locaux, à savoir Bulinus africanus et Biomphalaria pfeifferi, sont en effet très peu sensibles aux pesticides, survivant à de très fortes concentrations d’insecticides tels que l’imidaclopride et le diazinon. A la différence des autres invertébrés d’eau douce, rapidement décimés: délivrés de cette compétition, les bulins prolifèrent.

Pour montrer cela, les chercheurs ont étudié 48 sites du bassin du lac Victoria, au Kenya. Bilan: les deux espèces hôtes ne sont observées que dans les sites les plus contaminés par les pesticides, et ils y dominent largement leurs compétiteurs herbivores. Selon les chercheurs, «il s’agit de la première étude de terrain à montrer que les pesticides, par leur impact écologique, peuvent avoir de sérieux effets sur la santé humaine».