En 2003, toute la France a brûlé

Le 11 octobre 2004 par Loic Chauveau
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email

A la canicule était associée une dramatique sécheresse des sols. Des incendies ont ravagé la France au delà du nord de la Loire. Avec le réchauffement climatique, ce phénomène exceptionnel pourrait bien devenir la règle en 2050.

Le ministère de l'Intérieur a diffusé le 20 octobre dernier un bilan très satisfaisant des incendies de l'été 2004. 10 600 hectares de forêts ont brûlé. C'est six fois moins qu'en 2003. Une comparaison un peu audacieuse. Le mois d'août pluvieux de 2004 n'a rien à voir avec la canicule de 2003.

Le bilan de la canicule 2003 continue d'inquiéter pouvoirs publics et collectivités territoriales. Comme d'habitude, le pourtour méditerranéen a le plus souffert. 61 500 hectares sont partis en fumée ce qui représente les 3/4 de la surface totale ravagée.

La nouveauté est à chercher plus au nord :"des feux importants se sont déclarés dans des départements souvent moins concernés, assure Philippe Michaut, chargé de mission pour les feux de forêts au Ministère de l'Intérieur.

L'Ain, l'Isère, la Savoie, la Haute-Loire, l'Aube et tout le sud ouest ont connu des sinistres remarquables par leur intensité et leur étendue". Au total, en dehors de la zone méditerranéenne, 13 feux ont dévasté plus de cent hectares contre un à deux en moyenne par an.

Les fortes chaleurs ont affecté le territoire tout entier ainsi que le montrent les cartes de risques incendies élaborées par Météo France (ci-contre). Partout, la végétation s'est retrouvée asséchée, prête à s'enflammer à la moindre étincelle. Cette situation s'est étendue à des régions peu préparées à la lutte contre l'incendie. Ainsi, les règles du Code forestier qui imposent le débroussaillage autour des maisons ne s'appliquent-elles qu'aux départements méditerranéens :"dans le nord, les feux se sont déclenchés dans des régions où le risque est peu pris en compte car minime, poursuit Philippe Michaut.

Il y a donc eu de nombreux dégâts matériels, des maisons incendiées, des entreprises touchées". Les feux se sont d'autant mieux étendus que les services départementaux d'incendie et de secours (SDIS) ne sont pas préparés à des sinistres d'une telle ampleur.

Ainsi, alors que l'on sait que pour contenir avec succès un feu, il faut intervenir le plus rapidement possible, les pompiers des départements peu habitués à ce type de vigilance ont souvent agi avec retard. Occultés par les dramatiques ravages de la côte varoise, ces épisodes sont restés relativement peu médiatisés.

Pourtant, ils ont eu un coût significatif pour la collectivité. Il a fallu ainsi louer des avions bombardiers d'eau pour qu'ils interviennent dans des régions où ils sont rarement nécessaires (voir cartes ci-contre). Au niveau national, les incendies de l'année 2003 ont coûté 179 millions d'euros au ministère de l'Intérieur, contre 83 millions pour une année normale.

En région, les départements peu habitués au phénomène ont vu leur budget exploser. L'Ardèche a consacré 1,79 millions d'euros à la lutte contre les incendies soit trois fois plus que l'année précédente, les Alpes de Haute-Provence 1,2 millions d'euros soit deux fois plus et le record revient à l'Isére.

Les deux millions d'euros dépensés représentent une hausse du budget incendie de 2000%. Ces dépenses imprévues inquiètent les conseils généraux. Selon la loi "démocratie de proximité" de 2002, les SDIS vont passer de la tutelle de l'Etat à celle des départements. Il n'est pas évident que l'Etat prenne en charge les surcoûts liés à un nouvel été caniculaire.

Le ministère de l'Intérieur et celui de l'Ecologie et du Développement Durable n'entendent pas s'arrêter au fait que 2003 a été une année exceptionnelle. Pour les scientifiques du groupement interétatique d'études sur le climat (GIEC), la canicule de 2003 devrait devenir la norme dans le courant du siècle. Lors d'un colloque sur l'adaptation des collectivités locales aux conséquences du changement climatique organisé par l'Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique (Onerc), le Président Directeur Général de Météo France, Jean-Pierre Beysson a prévenu: "Même en choisissant le scénario optimiste qui voudrait que nous ayons réussi à maîtriser la croissance de nos émissions de gaz à effet de serre, l'été 2003 ne sera plus un évènement extrême mais une situation moyenne en 2050". Ce qui signifie que la zone de risques incendie s'étendra jusqu'à la région parisienne.


A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus