Emissions négatives: un filet de sécurité bien hypothétique

Le 08 octobre 2018 par Romain Loury
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A Lacq (Gironde), une installation de captage du CO2
A Lacq (Gironde), une installation de captage du CO2
Alstom

Les émissions négatives constituent un point incontournable des scénarios d’atténuation. Ils ne sont pas sans poser de graves questions, aussi bien en termes de faisabilité technique que de déploiement à l’échelle mondiale.

Nous n’y échapperons pas: si l’on veut maintenir le réchauffement en-dessous de +1,5°C, il faudra recourir au ‘Carbon Dioxide Removal’, à hauteur de 100 à 1.000 milliards de tonnes (Gt) de dioxyde de carbone au cours du XXIe siècle, estime le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec). Que ce soit pour compenser les émissions résiduelles, ou plus probablement pour ‘redescendre’ à +1,5°C après avoir dépassé ce seuil (‘overshoot’).

Parmi les diverses méthodes, citons l’afforestation/reforestation, la restauration des terres et la séquestration de carbone dans les sols (notamment agricoles), la bioénergie associée au captage et stockage du carbone (BECCS, selon l’acronyme anglais), ou encore le captage direct du CO2 de l’air avant stockage (DACCS).

Selon les efforts d’atténuation

Sans surprise, plus l’atténuation sera lente, plus la teneur atmosphérique en CO2 s’élèvera, plus les besoins en émissions négatives s’accroîtront pour aplatir l’’overshoot’.  C’est ce qui ressort des 4 scénarios testés par le Giec: dans celui, extrême mais actuellement le plus réaliste, d’un ‘overshoot’ élevé, le BECCS devrait ainsi pomper 1.191 GtCO2 au cours du siècle.

Or même en compensant tardivement par de fortes émissions négatives, le climat ne serait pas sauvé pour autant: le fait d’avoir atteint un ‘overshoot’ important pourrait «déclencher des cycles incontrôlables», comme un emballement de la fonte du pergélisol, indique Henri Waisman, coordinateur du programme climat de l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri) et expert du Giec, contacté par le JDLE.

Le recours aux émissions négatives dépend au final de l’atténuation: dans le scénario le plus ambitieux, celui d’une baisse de 58% des émissions en 2030 par rapport à 2010, le BECCS pourrait même ne plus être nécessaire.

De nombreuses incertitudes

Pour Henri Waisman, «on ne peut avoir que des doutes scientifiques sur ces solutions. Elles n’existent pas encore à l’échelle dont nous parlons, et la BECCS pose tout un tas de problèmes, notamment en termes d’usage des sols. Mais plus on accélèrera nos actions à court terme, moins on aura besoin de ces solutions», ajoute-t-il.

Encore plus hypothétique, la géo-ingénierie n’a pas eu droit aux honneurs du Giec. Celui-ci évoque le cas de la gestion du rayonnement solaire, qui consiste à pulvériser des aérosols en altitude pour limiter l’arrivée des rayons sur la surface terrestre: elle pourrait être «théoriquement efficace pour réduire un overshoot, mais il existe de grandes incertitudes et un manque de connaissance. Elle pourrait aussi poser des risques importants, et pâtir de freins institutionnels et sociaux à son déploiement, en raison de problèmes de gouvernance, d’éthique et de développement durable», estime le Giec. Sans oublier ses possibles impacts sur d’autres aspects environnementaux, dont la biodiversité, ou sur la santé humaine.



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