Emissions négatives: un appel scientifique lancé à l’UE

Le 21 février 2019 par Romain Loury
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L'unité de BECCS de la centrale charbon/biomasse de Drax (Royaume-Uni)
L'unité de BECCS de la centrale charbon/biomasse de Drax (Royaume-Uni)
Drax Power

Si l’atténuation demeure la solution à privilégier, l’emploi des technologies d’émissions négatives deviennent désormais inéluctables dans la lutte contre le changement climatique, et le plus tôt sera le mieux, estime le comité scientifique des académies des sciences européennes (EASAC) dans un avis publié mardi 19 février.

Ce document vient actualiser de précédents avis publiés par l’EASAC en 2018 sur les émissions négatives et la neutralité carbone. Depuis, d’autres rapports ont coulé sous les ponts, en particulier celui du Giec[i] sur les stratégies pour limiter le réchauffement à +1,5°C, ainsi que celui de l’Académie nationale des sciences des Etats-Unis, où elle appelle à lancer d’importants programmes de recherche sur la géo-ingénierie.

Emissions négatives, toujours plus nécessaires

Tout en demeurant prudent sur le potentiel des technologies d’émissions négatives -un «pari» sur l’avenir qui risque de diminuer les volontés politiques d’atténuation-, l’EASAC estime que leur emploi sera de plus en plus nécessaire, au vu de l’écart grandissant entre les besoins d’atténuation et la réalité des émissions croissantes.

«Alors que l’atténuation demeure très en-deçà de ce qu’il faudrait pour respecter les objectifs de l’Accord de Paris [un réchauffement en-dessous de +2°C, ndlr], l’emploi de technologies d’émissions négatives, potentiellement à très grande échelle, devient de plus en plus nécessaire. Cela va nécessiter le développement d’une industrie nouvelle, d’une taille proche de l’actuelle industrie des énergies fossiles –ce qui constituera une réorientation énorme des ressources économiques», estime Michael Norton, en charge de l’environnement à l’EASAC.

Pour l’EASAC, «les modèles climatiques suggèrent que l’application précoce de [ces] technologies, en parallèle avec l’atténuation, offre de plus grandes chances de parvenir à l’objectif de l’Accord de Paris et d’éviter de catastrophiques impacts environnementaux et sociaux, plutôt que de les employer à une plus grande échelle plus tard au cours du siècle».

L’UE doit aller au-delà de l’atténuation

L’EASAC lance ainsi à l’Union européenne un appel à aller très rapidement vers ces technologies. L’UE est même appelée à les intégrer dès que possible à sa politique climatique, au même titre que les futurs efforts d’atténuation. Comme l’académie américaine aux Etats-Unis, l’EASAC propose à l’Europe de lancer un programme de recherche, développement et démonstration sur le sujet. Un appel qui résonne aussi alors que les appétits industriels s’aiguisent à ce sujet.

Selon l’EASAC, la stratégie d’émissions négatives ne devra pas reposer sur une seule solution, mais sur un ensemble d’outils. Parmi eux, «le plus coût-efficace et le plus viable» est celui consistant à empêcher la déforestation, à favoriser la reforestation, à accroître les zones humides et à augmenter le taux de carbone dans les sols. Même s’«il est probable que la capacité de ces puits soit remplie en quelques décennies», tempère-t-il.

Scepticisme quant à l’efficacité mondiale du BECCS

Le conseil se montre en revanche très sceptique sur le potentiel du BECCS (bioénergie avec capture et stockage de carbone) à l’échelle mondiale, en raison de possibles effets négatifs sur l’usage des sols, la sécurité alimentaire (par détournement de terres agricoles) ou encore la biodiversité. Sans compter que les émissions négatives du BECCS ne sont pas immédiates, mais interviennent avec un délai qui, selon les cultures, pourrait s’élever de 1 à 50 ans. Pour la même raison, l’EASAC se montre assez peu disposée envers la biomasse forestière.

Comme pour le BECCS, l’EASAC appelle à poursuivre les recherches sur la capture directe du CO2 dans l’atmosphère (DACCS) ainsi que sur des techniques de géo-ingénierie, telles que l’altération forcée qui consiste à dissoudre le CO2 dans des minéraux. Elle se montre en revanche très méfiante quant à la fertilisation des océans, en raison de ses risques écologiques et d’une efficacité probablement faible.



[i] Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat

 



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