Emissions de méthane: la part humaine revue à la hausse

Le 19 février 2020 par Romain Loury
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Les émissions de méthane révélées par les carottes glaciaires
Les émissions de méthane révélées par les carottes glaciaires
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Les émissions anthropiques de méthane liées aux énergies fossiles pourraient être largement sous-estimées, d’environ 25% à 40%, révèle une étude publiée mercredi 19 février dans Nature.

Responsables d’environ un tiers du réchauffement actuel, les émissions de méthane ne cessent d’augmenter. Ce gaz à effet de serre, d’un potentiel de réchauffement global (PRG) 28 fois plus élevé que le CO2, provient de plusieurs sources: 60% des émissions actuelles sont d’origine humaine (extraction et combustion d’énergies fossiles, élevage, riziculture, décharges, etc.), tandis que 40% restants sont d’origine naturelle, par exemple géologiques (volcans, cheminées sous-marines, etc.) ou autres (zones humides, termites, etc.).

Le méthane lié aux énergies fossiles peut donc être d’origine humaine ou d’origine naturelle, du fait de l’activité géologique de la planète. Selon le consensus actuel, entre 40 et 60 millions de tonnes (mégatonnes, Mt) de méthane, sur un total de 172 à 195 Mt totales d’origine fossile, sont d’origine naturelle, le reste étant lié à l’activité humaine.

Une répartition déjà remise en cause

En 2017, des chercheurs de l’université de Rochester avaient déjà revu les émissions géologiques à la baisse: analysant des carottes glaciaires, l’équipe avait mesuré le profil carbone 14 du méthane (voir encadré) dans des microbulles d’air piégées au cours d’une période allant de -12.000 à -11.200 ans avant nos jours. Bilan, les émissions naturelles n’atteignaient que 15,4 mégatonnes par an, soit trois à quatre fois moins.

Le carbone 14, révélateur des émissions. D’une demi-vie radioactive d’environ 5.700 ans, le carbone 14, outil courant de datation en archéologie et en paléoanthropologie, est constamment produit par les rayons cosmiques. En raison de leur ancienneté, les combustibles fossiles en sont dépourvus: on ne le retrouve donc pas dans leur méthane. Il est en revanche présent dans le méthane issu de la riziculture, de l’élevage et des décharges. L’étude de ce méthane radioactif permet ainsi d’estimer la part des sources fossiles et des autres. Et au sein des fossiles, il est possible de faire la part des émissions humaines et des émissions géologiques: le méthane fossile piégé dans les bulles d’air avant l’ère industrielle est uniquement d’origine géologique.

Dans une nouvelle étude publiée mercredi 19 février dans Nature, les mêmes chercheurs vont encore plus loin. Selon eux, la période correspondant à la transition entre Pléistocène et Holocène, donc à la fin d’une glaciation, n’était pas la bonne, en raison de conditions terrestres très différentes, telles qu’un niveau marin plus bas et une plus grande abondance de pergélisol.

Les émissions géologiques largement surestimées

Afin d’éviter ce biais, les chercheurs ont cette fois-ci porté leur regard sur la période 1750-2013. Leurs résultats montrent que les émissions naturelles de méthane fossile sont encore plus basses: au début de cette période, elles étaient de 1,6 Mt par an, avec un intervalle de confiance allant jusqu’à 5,4 Mt par an. Soit un ordre de grandeur en-dessous des estimations actuelles.

Corollaire, les émissions anthropiques liées aux énergies fossiles devraient être revues à la hausse de 38 à 48 Mt par an, soit de +25% à +40%. Selon les chercheurs, ces résultats «impliquent que les émissions anthropiques de méthane fossile sont responsables de 30% des émissions totales de méthane, et de presque la moitié des émissions anthropiques, ce qui souligne encore plus l’importance d’une réduction de nos émissions pour atténuer le changement climatique».