CO2 : le secteur automobile veut négocier

Le 27 mars 2020 par Victor Miget
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Les constructeurs devront afficher une moyenne d'émissions de CO2 ne dépassant pas 95g/km en Europe.
Les constructeurs devront afficher une moyenne d'émissions de CO2 ne dépassant pas 95g/km en Europe.

Dans une lettre à la Commission européenne, des représentants de la filière automobile réclament des mesures et un ajustement du calendrier des futures lois et réglementation de l’Union européenne. Ce qui ne fait pas l’unanimité.

 

En pleine épidémie de Covid-19, la filière automobile patine. Les usines sont à l’arrêt et les voitures ne trouvent plus preneurs. IHS Markit (entreprise d’informations économiques) estime que les ventes mondiales d’automobiles chuteront d’environ 12 % entre 2019 et 2020. En Europe, les industriels réclament des mesures de soutien à l’échelle communautaire.

Dans cette optique, l’Acea (constructeurs automobiles), le Clepa (équipementiers), le Cecra (concessionnaires et réparateurs) et l’ETRMA (pneumaticiens) ont écrit à la présidente de la Commission européenne, Ursula Van der Leyen.

 

Relance électrique. PFA va proposer au gouvernement français un plan de relance des achats de voitures électriques. «Il s’agira notamment d’actionner en les amplifiant les outils à disposition, en particulier les incitations à l’achat de véhicules électriques et hybrides rechargeables pour relancer le marché (bonus écologique ndlr)», indique un porte-parole de la PFA. Il conviendra aussi de «s’interroger sur les investissements à consentir pour les infrastructures de recharge des véhicules électriques, condition clé pour le décollage de ce marché».  

Ajuster le calendrier à la crise

Dans leur courrier, les industriels indiquent qu’il leur est difficile, en pleine crise économique, de se «conformer aux futures lois et réglementations de l'UE dans les délais applicables fixés dans ces règlements. Nous croyons, par conséquent, qu’un certain ajustement devrait être apporté au calendrier de ces lois». Entre les lignes, le secteur fait ici référence, entre autres, à la réglementation CAFE, qui entrera en vigueur au 1er janvier 2021. Les constructeurs devront afficher une moyenne d'émissions de CO2 ne dépassant pas 95g/km en Europe, sous peine d’écoper de lourdes amendes. Pour atteindre cet objectif, BMW, Renault et comparses misent sur les véhicules électrifiés.

Mitsubishi, VW, BMW pas concernés

Loin d’eux «l’intention de remettre en question les lois en tant que telles, ni les objectifs de sécurité routière, d'atténuation du changement climatique et de protection de l'environnement».

Un discours attendu, mais pas unanime. Mitsubishi Motors ne se sent pas concerné. Forcément, avec un grammage de 84 g/km… Très investis dans l’électrique, BMW et Volkswagen plaident en faveur du maintien des normes, précise l’ONG bruxelloise Transport & Environment (T&E).  

Contacté par Le Journal de l’environnement, un porte-parole de la Plateforme automobile (PFA) temporise: «Il s’agit bien sûr d’évaluer les impacts de cette crise sans précédent sur les échéances règlementaires et étudier, le cas échéant, d’éventuels ajustements. Au moment où on se parle, en effet, les travaux de production, de test et d’homologation programmés sont ralentis comme jamais. Tout devra être mis en place pour aider le secteur à réussir cette transformation industrielle qui doit leur permettre (aux constructeurs, ndlr) d’être plus que jamais au rendez-vous de la transition écologique. »

 

Privilégier d’autres mécanismes

Sans surprise, T&E s’oppose à tout report. «A partir des première mesures de confinement et fermetures d’usines, nous avons entendu cette idée de report du côté de l’Acea. Sur le fond, nous sommes d’accord avec leur analyse», assure Yoann le Petit, expert véhicules propres et nouvelles mobilités chez T&E. Oui, c’est une crise sans précédent. Mais pour l’ONG, ce n’est pas une raison suffisante pour remettre en question le calendrier des réglementations environnementales. «La CAFE n’est pas une surprise. Depuis des années, les constructeurs sont censés établir une stratégie. Le calendrier et les amendes, c’est ce qui donne de la force à cette réglementation», assène Yoann Le Petit.   

fausse bonne solution

D’autant que «nous faisons surtout face à un choc de la demande. Or la problématique des émissions de CO2 porte plutôt sur la configuration de la flotte elle-même. La baisse des ventes de voitures n'affecte pas automatiquement la conformité», poursuit Yoann Le Petit. Plutôt qu’un report du calendrier, T&E suggère la mise en place de mécanismes de relance de la demande, une fois la crise passée. «L’industrie souhaite aussi la mise sur pied de mesures type primes à la casse et renforcement du bonus écologique. Ce sont de bonnes solutions», note Yoann Le Petit.  

Ces mécanismes devront bien sûr être axés sur les véhicules électriques, ou les moins polluants. Par exemple, la Peugeot 108 et la C1 de Citroën, qui émettent toutes les deux 85 g/km et coûtent entre 11.000 et 12.000 €. Ou sur de petits modèles électriques, comme la Renault Twingo, plus abordables «lorsqu'ils sont associés à des subventions nationales», précise néanmoins T&E. Les gouvernements devront également investir dans la recharge des infrastructures et la modernisation du réseau, précise l’ONG.