Eligibilité du CSC : pas encore tout à fait mûr…

Le 05 janvier 2011 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Pour Philippe Paelinck, l'objectif européen des 12 centrales à CSC, en 2015, sera très difficile à atteindre.
Pour Philippe Paelinck, l'objectif européen des 12 centrales à CSC, en 2015, sera très difficile à atteindre.

Malgré les décisions prises à Cancun pour favoriser le déploiement du captage-stockage de gaz carbonique, son inclusion dans le mécanisme de développement propre n’est pas encore acquise, comme l’explique Philippe Paelinck, directeur CO2 d’Alstom Power.

 

Annoncée à Cancun, l’éligibilité du captage-stockage de CO2 au mécanisme de développement propre doit vous satisfaire ?

Nous sommes très satisfait des avancées sur le CSC observées à Cacun, mais il faut rectifier un point. La COP 16 n’a pas décidé que les technologies de captage-stockage géologique de dioxyde de carbone (CSC) étaient éligibles au mécanisme de développement propre (MPD). La conférence des Parties ( états ayant ratifié, ndlr) à la convention de l’ONU sur les changements climatiques a juste approuvé les recommandations du comité consultatif pour les questions scientifiques et techniques (SBSTA, selon l’acronyme onusien) qui recommande l’inclusion du CSC dans le MDP, et plusieurs conditions ont été requises par les Parties.

 

Quelles sont-elles ?

Tout d’abord, les Parties devront se mettre d’accord sur une réglementation internationale. Ce texte devra notamment définir juridiquement le CSC, ses impacts environnementaux, les mesures de contrôle (des fuites notamment) à mettre en œuvre et pendant combien de temps.

 

Un tel texte n’existe pas aujourd’hui…

 Non, mais les juristes ne partent pas de rien. Suite à la directive européenne sur le stockage de CO2, des réglementations sur le CSC sont déjà en cours de rédaction dans l’Union européenne. Il y a également des avancées importantes dans certains états fédérés américains, dans quelques provinces du Canada et dans plusieurs états australiens.

 

Quelle va être la suite des opérations ?

Les Parties doivent fournir leurs remarques sur toutes ces questions d’ici la fin du mois de février. Ensuite, le secrétariat exécutif de la convention rédigera une synthèse qui servira à la rédaction d’un projet de réglementation. Ce dernier sera ensuite discuté, et peut-être adopté, lors de la prochaine COP, qui se déroulera à la fin de l’année à Durban (Afrique du Sud).

 

Les partisans de la séquestration du CO2 ont longtemps plaidé pour cette inclusion. Mais on croyait l’idée enterrée depuis quelque temps.

C'est vrai, les discussions ont longtemps buté sur les craintes exprimées par de grands pays forestiers, comme le Brésil ou l’Indonésie, qui estimaient que le développement du CSC pouvait réduire l’intérêt économique de la lutte contre la déforestation. Et donc amoindrir l’intérêt du mécanisme Redd +.

 

Une prochaine éligibilité du CSC va éclaircir l’horizon des promoteurs de la technologie…

Effectivement, mais ce mécanisme est en priorité dirigé vers les pays en développement. Dans l’hypothèse où le CSC serait éligible au MDP, les pétroliers et les gaziers seront sans doute les premiers à l’utiliser, avant les électriciens. Les pétroliers et les gaziers procèdent déjà à la séparation du CO2 pour la production du gaz naturel. Mais, pour le moment, ces centaines de millions de tonnes de gaz carbonique sont relâchées aux petits oiseaux. Comme cela se pratique déjà de façon commerciale à Weyburn (Canada), on commencera donc par capter le CO2 et le réinjecter dans des puits pour accroître la récupération des hydrocarbures. De tels projets existent notamment à Abou Dhabi ou au Qatar.

 

Aux Etats-Unis, les pétroliers pratiquent depuis longtemps cette récupération assistée de pétrole. Les marchés régionaux de CO 2, RGGI et la future WCI, donneront-ils un prix suffisamment élevé aux quotas de CO 2 pour étendre cette pratique à d’autres secteurs ?

C’est peu probable, tant qu’une législation fédérale n’est pas en vigueur. Or on sait que le Congrès ne votera probablement rien sur ce sujet durant cette mandature. Et les efforts de régulation entrepris par l’EPA en la matière risquent en outre d’être contrecarrés juridiquement par les opposants à la moindre contrainte carbone.

 

L’Europe a prévu la mise en œuvre d’une douzaine de projets de taille industrielle d’ici 2015 : où en sommes-nous dans leur développement ?

 Le développement de ces opérations se heurte pour le moment à plusieurs obstacles. D’une part, à l’exception du Royaume-Uni, le cadre juridique dans la plupart des Etats membres n’est pas encore abouti. Et certains pays, comme l’Allemagne, voient monter une opposition forte au déploiement de cette technologie. D’autre part, malgré la ligne de crédits européens, ces projets ne sont pas encore totalement financés. Or, une partie du business model du CSC suppose que le prix du CO2 soit suffisamment incitatif pour investir dans cette technologie. Aujourd’hui, ça n’est pas encore le cas. Enfin, les sites de stockage ne sont pas encore tous connus et validés, tant techniquement que « socialement ». Et ce dernier point est fondamental. Car il ne suffira pas que les géologues trouvent des structures étanches. Il faudra aussi que ces sites soient socialement acceptables. Et on l’a vu récemment aux Pays-Bas, ce n’est pas forcément gagné sans une communication transparente et adaptée.

 

Conclusion, pas de CSC en Europe ?

Bien sûr que si ! Mais je pense que, compte tenu des conditions actuelles, les objectifs initiaux fixés par la Commission européenne de 10 à 12 grands projets en fonctionnement pour 2015 seront très difficiles à tenir. Si nous réussissons à mettre en service une demi-douzaine d’installations de taille industrielle entre 2015 et 2017, ce sera déjà très bien. L’industrie et les technologies sont pourtant prêtes, ce qui manque encore c’est un cadre légal stable et un business model qui puisse offrir une rentabilité de long terme pour l’électricité décarbonée, quelle qu’en soit l’origine d’ailleurs...



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