Elevages: pourquoi les antibios font grossir

Le 12 septembre 2012 par Romain Loury
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Les Américains dopent encore leur bétail aux antibios.
Les Américains dopent encore leur bétail aux antibios.

L’effet promoteur de croissance des antibiotiques s’expliquerait par une maturation plus rapide de la flore intestinale, selon des travaux américains publiés dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS).

Si l’Union européenne interdit cet usage depuis 2006, les antibiotiques sont encore utilisés aux Etats-Unis afin d’accroître la taille des animaux d’élevage. De quoi inquiéter scientifiques et associations de consommateurs, pour lesquels l’usage excessif de ces médicaments favorise les résistances bactériennes, au risque de compromettre leur efficacité en médecine humaine.

L’étude menée par l’équipe de Richard Isaacson, de l’université du Minnesota à Saint Paul, permet de saisir un peu mieux les raisons de cet effet promoteur de croissance, jusque-là peu compris. «Nous sommes partis de l’hypothèse que les antibiotiques altéreraient la flore intestinale, et que ces changements accroîtraient l’efficacité de l’alimentation, résultant en une meilleure croissance», expliquent les chercheurs.

Pour vérifier cette idée, ils ont analysé par séquençage les microbiotes fécaux de deux groupes de 10 porcs, dont l’un traité par tylosine -un antibiotique de la classe des macrolides, le plus commercialisé- dès l’âge de 3 semaines, tandis que l’autre groupe n’en prenait pas.

Résultat: après quelques semaines de tylosine, les animaux du premier groupe présentaient une flore intestinale enrichie en Lactobacillus, Sporacetigenium, Acetanaerobacterium et Eggerthella [1]. Un profil que les porcs du groupe contrôle n’acquéraient qu’une fois arrivés à maturité.

«Notre interprétation de ces résultats, c’est que la tylosine accélère le développement ou la maturation d’un microbiote fécal de type adulte, mais qu’au final les porcs non traités rattrapent naturellement leur retard», avancent les chercheurs.

Selon plusieurs travaux, les quatre genres bactériens favorisés par la tylosine faciliteraient la fermentation des sucres. Notamment en acides acétique et propionique, dont la présence intestinale constitue une source importante d’énergie chez le porc, peut-être à hauteur de 20%.

Les jeunes porcs traités à la tylosine se trouveraient donc dotés d’un métabolisme similaire à celui d’un adulte. «La question est maintenant de savoir si l’on peut recréer cette évolution accélérée de la flore intestinale sans recourir aux antibiotiques», indique l’université du Minnesota dans un communiqué.

S’il y est moins intense qu’aux Etats-Unis, le recours aux antibiotiques dans les élevages fait aussi débat en Europe. Notamment au parlement, où un projet de résolution en cours de discussion à la commission ENVI [2] appelle la Commission à restreindre ces médicaments à un usage thérapeutique.

Les députés disent notamment «désapprouver fermement l'utilisation incontrôlée d'antimicrobiens pour les traitements prophylactiques». A savoir lorsqu’ils sont administrés à des animaux sains en prévention des maladies, à des doses subthérapeutiques favorisant les résistances.

[1] L’effet des antibiotiques sur la flore intestinale est complexe: ils perturbent l’équilibre établi entre une multitude d’espèces bactériennes, favorisant certaines, affaiblissant d’autres. Dans cette étude, les chercheurs ont ainsi identifié huit genres bactériens moins présents dans le groupe tylosine.

[2] Commission de l'environnement, de la santé publique et de la sécurité alimentaire.

 



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