Elevages de thon rouge en Europe : bientôt une réalité ?

Le 27 août 2010 par Célia Fontaine
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Le projet de recherche Selfdott, financé par l’Union européenne, se penche depuis plusieurs années sur la reproduction en captivité du thon rouge atlantique. Les scientifiques de l’Institut espagnol d’océanographie (IEO) ont « réussi à obtenir cette année des dépôts d’œufs viables de thon rouge atlantique en captivité, par des moyens naturels, sans aucune induction hormonale », indique un communiqué de l’UE du 25 août. Ces résultats montrent, selon les chercheurs de l’IEO, la capacité du thon à s’adapter, après plus de trois ans de domestication.

L’objectif du programme Selfdott est de réduire la pression exercée sur les stocks sauvages de ce poisson menacé par la surpêche. 2,98 millions d'euros ont été investis pour relever le défi de l’élevage. Car le thon rouge est une espèce aux caractéristiques très particulières, sensible au stress et qui nécessite beaucoup d’attention tout au long de l’année. Il est donc difficile d’obtenir des œufs en captivité, même en petites quantités.

« Le thon rouge est un grand pélagique qui effectue des migrations sur de longues distances telles que la traversée de l’Atlantique », précise l’Inra dans une étude de 2004. « Thunnus thynnus » mesure en effet deux à trois mètres à l'âge adulte et pèse plusieurs centaines de kilogrammes. Cela signifie qu’il lui faut un espace vital beaucoup plus important que le saumon, et beaucoup plus de nourriture (il faut environ 10 kg de nourriture pour produire 1 kg de thon rouge). «A cause de sa taille, on ne peut pas le manipuler, on ne peut pas le contrôler, on ne peut pas vérifier le stade de maturité, comme on peut le faire avec la dorade royale par exemple », explique Robert Vassallo-Agius, coordinateur à Malte du projet Selfdott. La croissance du thon rouge est très rapide, et ses besoins nutritifs, très élevés. Il faudra donc mettre au point une alimentation particulièrement riche, ce que des scientifiques norvégiens tentent de faire à l'heure actuelle.

En outre, les poissons se reproduisent plus facilement dans les eaux relativement chaudes (14 à 21°C), c'est-à-dire proche des côtes. Mais ces dernières étant déjà saturées (tourisme, etc.), la question de l’emplacement des élevages se pose encore.

L’année dernière, les chercheurs européens avaient réussi à faire se reproduire des thons rouges en captivité, mais après stimulation hormonale. « Cette année, les animaux se sont reproduits naturellement et spontanément, sans stimulation, ce qui est très positif pour une filière durable », souligne Christian Fauvel, docteur en physiologie aquacole à Ifremer Palavas. « Le consortium européen a fixé un protocole qui permet d’obtenir des œufs régulièrement, et dans pratiquement toutes les situations », précise-t-il, ce qui n’est pas encore le cas au Japon.

Mais l’Europe est encore loin derrière les avancées des Japonais qui ont réussi à élever des thons rouges jusqu’à maturité[1], ce que l’Europe est encore incapable de faire. Pas moins de 10.000 alevins par an ont été élevés, ce qui fait au final près de 1.000 tonnes de thon rouge. « Les Japonais restent très discrets sur leurs méthodes, au vu des enjeux financiers », explique Christian Fauvel.

L’équipe de Selfdott va désormais se concentrer sur le développement embryonnaire et larvaire des œufs une fois pondus et s'efforcer d'améliorer le taux de survie (et la croissance) des juvéniles, qui est pour l’instant proche de zéro.



[1]Communiqué de l'entreprise nippone de produits de la mer Burimy de mars 2010



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