Electrosensibilité: une vraie souffrance, des causes incertaines

Le 27 mars 2018 par Marine Jobert
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Une reconnaissance à aboutir.
Une reconnaissance à aboutir.
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C’est un rapport qui sonne comme une reconnaissance officielle pour les électrosensibles, confrontés au scepticisme d’une partie de la communauté scientifique. Restent des béances méthodologiques et dans les connaissances que l’Anses appelle à combler, pour mieux cerner les causes des symptômes dont souffriraient 5% des Français.

Des douleurs, des troubles du sommeil, une immense fatigue, qu’aucune évidence clinique et biologique ne permet d’expliquer, mais que les sujets attribuent à une exposition à des champs électromagnétiques de types différents. Des plaintes qui «correspondent à une réalité vécue», écrit l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) dans un rapport d’expertise collective publié ce 27 mars, consacré à l’hypersensibilité électromagnétique ou intolérance environnementale idiopathique attribuée aux champs électromagnétiques. Un travail de longue haleine -4 années-, mené par des collectifs pluridisciplinaires, dont les conclusions n’épuisent pas le sujet.

Douloureuses pathologies

5% de la population souffrirait de cet état d’hypersensibilité; une population plus sujette à la déprime et à l’anxiété que la population générale, sans que l’Anses puisse conclure si ces deux états sont la cause ou la conséquence des symptômes ressentis. Et ce d’autant que les malades, confrontés à des difficultés de prise en charge médicale et à la persistance des symptômes, peuvent être de ce fait plus enclins à l’anxiété.

Lien de causalité non établi

L’être humain est-il capable de percevoir les champs électromagnétiques? «Aucune étude [ne l’a] mis en évidence (…) dans des conditions d’exposition environnementale», estime l’Anses, après étude de la littérature scientifique consacrée au sujet, disparate et inégale. De ce fait, l’agence plaide pour le lancement d’études de réplication. Existe-t-il une relation causale entre l’exposition aux champs électromagnétiques et les symptômes des personnes se déclarant EHS? Une quarantaine d’études ont été passées au crible, dont aucune ne démontre qu’artificiellement soumis à des radiofréquences, les EHS présenteraient les symptômes spécifiques dont ils se plaignent. Deux hypothèses s’ouvrent alors: soit l’effet des champs électromagnétiques doit être exclu comme la cause de leurs maux, soit ce sont les études de provocation elles-mêmes qui auraient ici atteint leurs limites, ouvrant d’autres hypothèses expérimentales. L’agence conclut qu’«aucune preuve expérimentale solide ne permet actuellement d’établir un lien de causalité entre l’exposition aux champs électromagnétiques et les symptômes décrits».

Migraines, troubles du sommeil

Fermez le ban? Pas du tout, car l’Anses prend au sérieux les douleurs exprimées. Toutes les portes ont été ouvertes, sans pouvoir jamais conclure sur les hypothèses qui pourraient permettre d’interpréter les symptômes, par manque de données concluantes, à cause de méthodologies incertaines ou d’une puissance statistique trop faible. Alors l’agence reprend les maux les plus fréquents dont se plaignent les EHS et incite la communauté scientifique à creuser, à innover, à sortir des protocoles jusqu’ici employés.

Investir dans la recherche fondamentale

Aux pouvoirs publics, l’Anses recommande de mettre le paquet sur la recherche fondamentale et de soutenir la mise en place d’infrastructures de recherche adaptées à l’EHS (pour effectuer des études de provocation notamment, qu’elle appelle vivement de ses vœux). Quant à la création de zones blanches, dont l’agence estime «qu’aucune donnée scientifique ne permet d’objectiver [leur] efficacité», elle invite l’Etat à «en évaluer rigoureusement les bénéfices potentiels sur la symptomatologie des personnes se déclarant EHS».

Les EHS en milieu professionnel

En attendant «une meilleure compréhension de l’EHS, et notamment des composantes physiologiques, psychiques ou biologiques», quelle réponse apporter à ceux qui souffrent? Former les médecins, pour répondre aux attentes des personnes se déclarant EHS. Demander à la Société française de médecine du travail d'étudier la faisabilité d'un guide de bonnes pratiques de prise en charge des personnes se déclarant EHS en milieu professionnel, et à la Haute autorité de santé (HAS) d’examiner la pertinence de formuler des recommandations de prise en charge adaptées aux personnes se déclarant EHS (comme pour la fibromyalgie).

 



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