Electricité: une alliance renouvelables-nucléaire est-elle possible?

Le 20 juin 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Les réseaux, grands absents du rapport
Les réseaux, grands absents du rapport
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Un rapport estime que la France peut tout à la fois réduire son parc nucléaire, développer les énergies renouvelables électriques tout en s’affranchissant des capacités de production au charbon en moins de 15 ans. Possible. A condition que nos voisins le veuillent.

La bataille de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) se poursuit. Académie des sciences, Amicale des anciens du nucléaire, Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) ou promoteurs des énergies renouvelables, il ne s’écoule pas un jour sans qu’un nouvel ‘acteur’ ne dépose son ‘cahier’ sur le site de la Commission particulière du débat public. Ou s’affranchisse de cette formalité en publiant directement le fruit de ses cogitations.

Accélérer le développement des ENR

Dernier épisode de date: le rapport publié dans la nuit de mardi à mercredi 20 juin par Energy Union Choices (EUC), collectif européen d’universitaires, de consultants et d’associatifs. Sobrement intitulé «Plus propre, plus intelligent, moins cher», ce document de 28 pages tend à montrer que la prochaine PPE peut accélérer le déploiement des énergies renouvelables électriques, réduire sensiblement ses capacités nucléaires, tout en s’abstenant du backup fourni par les centrales au charbon d’EDF.

A l’horizon de 2030, le bouquet électrique français pourrait être composé de 50% d’énergies renouvelables (éolien, photovoltaïque et hydraulique) et de moitié d’énergie nucléaire. Ce qui suppose la mise en service de 35 gigawatts crête (GWc) de centrales solaires, de 40 GW de fermes éoliennes (terrestres et marines). Dans le même temps, les 3 GW de capacités au charbon et 20 GW de capacités nucléaires seraient mises hors service.

Une dizaine de réacteurs fermés

Ce scénario d’opportunité permettrait de réduire de 60%, entre 1990 et 2030, les émissions carbonées du secteur électrique. Bien mieux que les objectifs fixés par la loi sur la transition énergétique. Mais assez proche de certains des exercices de style élaborés par le responsable de l’équilibre du réseau de transport (RTE). Son scénario Volt prévoit notamment un parc éolien de 50 GW, 36 GWc de capacités solaires, 26 GW d’hydro-électricité et la fermeture d’une dizaine de réacteurs nucléaires. Résultat: un parc nucléaire à 56%, renouvelable à 40%. Et un bilan carbone qui tombe à 9 millions de tonnes de CO2 par an, contre un peu plus de 13 Mt pour l’étude d’EUC. Last but not least: ce scénario vert prévoit un solde net de 81 térawattheures par an d’exportation: un tiers de mieux qu’en 2015.

Le secret de l’étude ‘écolo’: la baisse des coûts de production des énergies renouvelables, la diversité annoncée des systèmes de stockage d’électricité (l’arme fatale contre l’intermittence), une organisation régionalisée des marchés de l’électricité, la banalisation des systèmes de pilotage des consommations qui permettra de modifier les comportements des consommateurs. Dont acte.

Séduisant, ce rapport rédigé par le consultant Artelys fait souvent montre d’un certain optimisme. Il évalue, par exemple, à 7 millions le nombre de véhicules électriques qui seront en service en 2030. Très audacieux: il faudrait multiplier par 50 en moins de 15 ans la taille du parc actuel. Comment y parvenir? Mystère.

Quid des réseaux?

Le rapport ne souffle non plus mot sur les réseaux. Un quadruplement des parcs éolien et solaire nécessite un sérieux renforcement des réseaux de transport et surtout de distribution. Rien sur le sujet. Ennuyeux, car il faut tout de même une décennie pour tirer une nouvelle ligne THT.

Autre écueil non évité par les auteurs: les pays riverains de la France. L’importance de la production intermittente et la fin des centrales de pointe au charbon rendront probablement RTE plus dépendant des importations qu’aujourd’hui. Les voisins de l’Hexagone seront-ils en mesure de satisfaire à tout moment les besoins tricolores? On ne le sait pas. Ce que l’on sait, en revanche, c’est que certains de nos voisins, à l’instar de l’Italie, sont structurellement déficitaires. Quand d’autres, comme l’Allemagne et l’Espagne sont, eux aussi, très dépendants de l’ensoleillement et du régime des vents pour équilibrer leur réseau. Vous avez dit indépendance énergétique?

 

Efficacité énergétique. Les négociateurs du Parlement et du Conseil européens ont trouvé, mardi 19 juin au soir, un compromis sur le volet Efficacité énergétique du paquet ‘Energie propre pour tous les Européens’. La future législation fixe un objectif d'efficacité énergétique de 32,5% d'ici 2030, avec une clause de révision en 2023, par rapport au niveau de 1990. C'est plus que ce que proposait l'exécutif européen (30%) mais en-deçà de la cible du Parlement (35%). Le texte doit encore être approuvé par les Etats membres et les eurodéputés.


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